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GMPL Gardiens de la Mémoire du Peuple du Livre
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Collectif GMPL · Fondé en 2026

Les manuscrits
veulent rentrer à la maison

« Mille manuscrits du Fonds Luzzatto, trésor du judaïsme du XIXᵉ siècle, attendent depuis 1869 dans le silence des grandes bibliothèques. Nous les écoutons à nouveau. »

Le collectif GMPL — Gardiens de la Mémoire du Peuple du Livre — se consacre exclusivement à l'identification, l'étude et la mise en valeur des manuscrits du Fonds Samuel David Luzzatto. Notre mission s'inscrit dans l'élan d'émancipation lancé courageusement par Shadal au XIXᵉ siècle.

Origine

Le mail fondateur

L'étincelle originelle
Alfred (Fred) Enkaoua · à Didier Nebot · 27 août 2025

Tout commence par un courriel. Le 27 août 2025, Alfred « Fred » Enkaoua écrit à Didier Nebot pour lui transmettre le fil généalogique de la famille Aln'kaoua — une mémoire familiale recomposée patiemment, qui remonte au Rab Ephraïm Aln'kaoua (1359-1442), figure tutélaire du judaïsme nord-africain, fondateur de la communauté de Tlemcen après l'exil d'Espagne.

Dans ce message, Alfred raconte comment la descendance du Rab s'est en réalité poursuivie à Alger — par ses deux fils Israël et Yehuda, alliés respectivement aux familles du RIBASH (Isaac bar Sheshet Barfat) et du RACHBATS (Simon Bar Semah Duran), trois sommités venues d'Espagne et des Baléares qui ont façonné le judaïsme du Maghreb dès la fin du XIVᵉ siècle. Il évoque la dispersion des Enkaoua à la fin du XVIIᵉ siècle — Maroc, Oran, Miliana, jusqu'en Israël et en Turquie — puis le retour à Tlemcen en 1850 d'Abraham Enkaoua, Grand Rabbin Dayan de Mascara, venu constater la décrépitude de la communauté juive de la ville.

Mais ce qui frappe Didier Nebot dans cette lettre, c'est surtout le récit de la transmission des manuscrits du Rab Ephraïm : conservés et recopiés de père en fils depuis le XVᵉ siècle, déposés à la Bodleian Library d'Oxford dans les années 1860, et le voyage entrepris en 1895 par Shemouel Sultan pour aller les retranscrire. Une mémoire vive, transmise oralement à travers les générations, soudain documentée — et soudain rattachée à un fonds prestigieux : le Fonds Samuel David Luzzatto.

« Ces manuscrits ne sont pas perdus. Ils dorment quelque part. Quelqu'un doit aller les chercher. »

De cette intuition naît, quelques mois plus tard, le projet du Manuscrit sacré — le livre de Didier Nebot publié début 2026 — puis, dans le sillage immédiat de sa parution, la réunion fondatrice du 5 février 2026 qui donne naissance au collectif GMPL. Le mail d'Alfred Enkaoua n'est pas qu'un point de départ : il est le récit fondateur, le germe à partir duquel tout s'est articulé. Cinq groupes opérationnels et une charte — tout s'est édifié sur cette première étincelle.

Aujourd'hui, le travail philologique du collectif affine, élargit et parfois interroge le récit familial — mais c'est bien à cette lettre du 27 août 2025, à ce geste d'un descendant qui transmet à un écrivain l'histoire de ses pères, que le GMPL doit son existence.

— d'après le courriel d'Alfred Enkaoua à Didier Nebot Lire le courriel intégral dans « Avancée du Collectif » →
Notre Cap

Cinq objectifs, une seule mission

Rester sur l'objectif de départ, sans le diluer : s'occuper uniquement des manuscrits du Fonds Luzzatto, et faire revivre le travail interrompu après la mort du grand homme.

1
Identifier les mille manuscrits

Recenser un à un les ~1 000 manuscrits du Fonds Luzzatto — déposés à la Bodleian d'Oxford, à l'Alliance, à la BNF et dans une dizaine d'autres institutions à travers le monde. 77 manuscrits sont déjà identifiés à la Bodleian. Établir un catalogue unifié.

2
Recenser et traduire la correspondance de Shadal

Plusieurs milliers de lettres conservées témoignent qu'il était une autorité intellectuelle internationale. Les recenser, les traduire — un judaïsme nouveau et moderne, comparable au mouvement Massorti d'aujourd'hui.

3
Traduire en toutes langues

Une traduction IA page par page pour le sens général — relativement rapide à produire. Et, en parallèle, une traduction fine et précise par des spécialistes de l'hébreu ancien.

4
Connaître l'histoire de chaque manuscrit

Au-delà du nom retrouvé de l'auteur, raconter l'histoire de la communauté juive en question, dans ce XIXᵉ siècle tourmenté et troublé. Chaque manuscrit est une voix qu'il faut replacer dans son monde.

5
Poursuivre l'action auprès des bibliothèques

Continuer à répertorier ces manuscrits avec la Bodleian Library d'Oxford, l'Alliance Israélite Universelle, la BNF et les autres institutions qui en sont aujourd'hui les gardiennes.

Hommage

Shadal, l'innovateur oublié

Figure majeure du judaïsme européen du XIXᵉ siècle — professeur au Collegio Rabbinico de Padoue, premier séminaire rabbinique moderne d'Europe.

Son œuvre était immense, et il était profondément respecté par tous les rabbins d'Europe qui lui envoyaient leurs manuscrits pour qu'il les étudie, les analyse, ou simplement les garde en sécurité. Sa correspondance forme aujourd'hui plusieurs volumes de lettres conservées : preuve qu'il était une autorité intellectuelle internationale.

« Faire un trait d'union avec ce XIXᵉ siècle d'émancipation lancé courageusement par Samuel David Luzzatto. »

En 1869, son fils Isaïa déposa une partie des manuscrits à la Bibliothèque Bodleian d'Oxford et confia les écrits propres de son père à l'Alliance Israélite Universelle, à Paris. D'autres furent dispersés dans une douzaine d'institutions. Le travail d'étude entrepris par Shadal s'est arrêté avec lui. Cent soixante ans plus tard, le GMPL a décidé de reprendre cette conversation interrompue.

Méditation

À l'automne de sa vie, un homme regarde les traces de pas qu'il a laissées derrière lui : il y a les siennes et celles de Dieu. Mais dans les moments difficiles, il n'y a qu'une seule trace de pas. Alors il interpelle le Ciel :

« Pourquoi, Seigneur, m'as-tu abandonné quand j'étais dans la peine ? »

Et Dieu lui répond :
« Quand tu étais dans la peine, je te portais. »

Docteur Didier Nebot extrait du Manuscrit Sacré

Source primaire — Catalogue de vente, Padoue, 1868
Page de titre du Catalogue de la bibliothèque de littérature hébraïque et orientale de feu M. Samuel David Luzzatto de Trieste, rédigé par son fils Joseph (Padoue, Crescini, 1868). Exemplaire conservé à la Bodleian Library, Oxford (tampon visible en haut à droite).
BIBLIOTHECA · BODLEIANA Page de titre originale, exemplaire de la Bodleian Library, Oxford.
N.B. — Avis de l'éditeur, en tête du catalogue

Les douze manuscrits les plus précieux

Joseph Luzzatto rappelle d'emblée l'attention des bibliophiles sur les 12 numéros qu'il considère les plus précieux de la collection — la liste figure littéralement en première page du catalogue.

  • 4 DivansJehuda Halevi (n° 54), Moses Aben-Ezra (n° 98), Jakob Francès (n° 116), Immanuel Francès (n° 93)
  • 3 MaḥzorimOran (n° 53), Tetuan (n° 52), Fez (n° 50)
  • 2 Dictionnaires des rimesBa'al Kenafáim (n° 7), Imrè No'ash (n° 20)
  • 1 Grammaire hébraïqueRav Pe'alim (n° 15)
  • 1 Kouzariavec commentaire Kaspi (n° 22)
  • 1 Marot Tzove'otn° 84

Recoupement direct avec nos travaux : le Mahzor d'Oran (n° 53) figure parmi les douze pièces signalées par Joseph Luzzatto lui-même. Le catalogue détaille un manuscrit en 5 volumes copié à Oran (Algérie), contenant des poésies que Shadal jugeait « devancer en beauté celles des autres rites » — voir sa lettre publiée dans le Kerem Chemed IV, pp. 23-41. Cette pièce emblématique a été acquise par la Bodleian.

A Anatomie du catalogue

Le catalogue de 1868 inventorie l'intégralité de la bibliothèque hébraïque et orientale de Shadal en quatre sections clairement séparées : les manuscrits hébreux, les imprimés hébreux antérieurs et postérieurs à 1600, et les ouvrages occidentaux sur des sujets juifs et orientaux. Au total, près de 1 880 entrées catalographiques sur 64 pages d'inventaire.

I
Codices Manuscripti
Manuscrits hébreux originaux
121 entrées
Maḥzorim, Divans, commentaires bibliques, halakha, philosophie, kabbale. Du XIIe au XIXe siècle. Section la plus précieuse pour l'enquête GMPL.
II
Hebraica haud post 1600
Imprimés hébreux antérieurs à 1600
272 entrées
Dont 26 incunables (avant 1500), 27 rares, 9 très rares et 26 premières éditions. Les pièces typographiques les plus précieuses du catalogue.
III
Hebraica post 1600
Imprimés hébreux postérieurs à 1600
869 entrées
La section la plus volumineuse : exégèse, halakha, kabbale, philosophie, grammaire, histoire — la bibliothèque rabbinique de travail de Shadal.
IV
Judaica et Orientalia
Ouvrages occidentaux & orientaux
615 entrées
En latin, italien, allemand, français, anglais. Hébraïsants chrétiens, lexiques, grammaires comparées, études bibliques. Reflète la dimension scientifique européenne de Shadal.
Total : ~ 1 877 entrées catalographiques · 4 sections · 64 pages · imprimerie Crescini, Padoue, 1868
B Les 121 manuscrits — analyse thématique

Section I du catalogue (nos 1 à 121). Inventaire des manuscrits hébreux originaux conservés par Shadal. Le dépouillement révèle un fonds essentiellement liturgico-poétique et exégétique, à dominante italienne et sépharade, avec une présence remarquable mais limitée du Maghreb. Les chiffres qui suivent sont des estimations approximatives — un même manuscrit pouvant relever de plusieurs catégories.

Liturgie & Rite
~ 22 manuscrits
Maḥzorim (rite romain, ashkenaze, sépharade, italien, marocain), Sidourim, Selichot, Tikkunim, Hagadot. Souvent sur parchemin, parfois enluminés.
Ex. nos 5, 12, 50, 52, 53, 64, 75, 81, 82, 96, 102, 105, 107, 108, 115, 118…
Poésie & Divans
~ 18 manuscrits
Divans des grands poètes andalous et italiens : Yehouda Halevi, Moshé Ibn Ezra, frères Francès. Recueils de piyyutim, kinot, élégies. Plusieurs autographes.
Ex. nos 54, 93, 98, 116, 11, 80, 91, 95, 119, 121…
Bible & Commentaires
~ 16 manuscrits
Pentateuque avec Rashi, Ibn Ezra, Radak, Ralbag, Ḥizkuni, Ramban, Ba'al ha-Tourim. Commentaires sur Proverbes, Job, Mégillot, Daniel, Esdras.
Ex. nos 17, 21, 35, 55, 74, 78, 79, 86, 87, 94, 99, 109…
Halakha & Responsa
~ 12 manuscrits
Maïmonide (Mishné Tora), Tour, Mahari'l, Mordekhaï, responsa des Gaonim. Hilkhot shechita, bedika, niddah. Coutumes locales d'Italie.
Ex. nos 4, 14, 33, 47, 56, 65, 92, 106, 113…
Grammaire & Lexique
~ 10 manuscrits
Saadia Gaon, Ibn Ezra (Tsaḥot, Mozney, Sefat Yeter), David Kimḥi (Mikhlol), Rav Pe'alim, dictionnaires de rimes inédits.
Ex. nos 1, 2, 7, 15, 20, 30, 89, 100, 113, 114…
Philosophie
~ 8 manuscrits
Kuzari de Yehouda Halevi avec commentaires inédits, Moreh Nevoukhim de Maïmonide, traductions hébraïques d'Aristote (De cælo, Causes), Galien.
Ex. nos 22, 73, 100, 111, 117…
Kabbale & Mystique
~ 11 manuscrits
Sefer Yetzirah avec multiples commentaires, Sefer ha-Bahir, Recanati, Marot ha-Tsove'ot, Ma'arekhet ha-Elohut, fragments du Zohar Hadash.
Ex. nos 38, 40, 71, 84, 113, 114…
Histoire & Mémoires
~ 6 manuscrits
Yossipon, Yuḥasin, événements de Padoue (incendies, persécutions), généalogies, mémoires familiales (notamment dans le Ve volume du Maḥzor d'Oran).
Ex. nos 2, 3, 32, 53 vol. V, 72, 80, 85…
C Provenance géographique

Les 121 manuscrits proviennent de toute la diaspora juive. La répartition reflète les axes intellectuels de Shadal : son ancrage padouan (l'Italie domine massivement), son intérêt pour les rites andalou et sépharade, et — fait remarquable mais limité — sa curiosité documentée pour les rites maghrébins.

Italie
~ 55 %
Padoue, Venise, Mantoue, Vérone, Bologne, Modène, Reggio, Florence, Trieste. Cœur du fonds : tradition padouane et collection familiale Luzzatto. Parchemins enluminés de la Renaissance, autographes contemporains de Shadal.
Sépharade & Espagne
~ 15 %
Andalousie médiévale (poésie de Halevi, Ibn Ezra, Ibn Gabirol), exilés post-1492 vers l'Italie, l'Empire ottoman et le Maghreb. Inclut le rite sépharade liturgique.
Maghreb
~ 5 %
Oran (n° 53), Tetouan (n° 52), Fez (n° 50) — exclusivement des Maḥzorim liturgiques. Aucun manuscrit d'auteur maghrébin (Encaoua, Tlemcen, Mascara…) n'est présent dans le catalogue.
Ashkenaz / Allemagne
~ 10 %
Maḥzorim allemands, Mahari'l, commentaires talmudiques, halakha rhénane. Surtout des manuscrits liturgiques sur parchemin du XIVe-XVe s.
Provence & France
~ 5 %
Arles, Avignon, école de Lunel — les Tibbonides traducteurs de l'arabe. Tradition exégétique provençale et premières traductions philosophiques.
Levant & Égypte
~ 5 %
Alexandrie (rite romain copié en Égypte, n° 96), Le Caire (n° 95), pièces apportées d'Égypte au XIXe s. par voyageurs et collecteurs.
Indéterminé
~ 5 %
Manuscrits sans indication de lieu, copies tardives sans provenance documentée, fragments isolés.
D Pièces remarquables détaillées

Six fiches détaillées sur les manuscrits les plus exceptionnels de la section I. Pour chaque pièce, indications bibliographiques tirées de l'inventaire 1868 et notes manuscrites de Joseph Luzzatto en marge.

N° 53
Maḥzor d'Oran
5 volumes · 660+ folios · in-8 · XVIIe s. · Algérie
L'une des 12 pièces les plus précieuses signalées par Joseph Luzzatto. Recueil liturgique annuel composé à Oran, contenant des poésies que Shadal jugeait « devancer en beauté celles des autres rites ». Plus de 50 piyyutim de Yitzḥak ibn Ghiath, autant de Moshé ibn Ezra, plus encore de Salomon ibn Gabirol et Yehouda Halevi. Le Ve volume contient des mémoires familiales de la dynastie Cansino d'Oran.
Source : lettre de Shadal, Kerem Ḥemed IV, pp. 23-41.
N° 54
Divan de Yehouda Halevi
244 folios · charta bombycina · écriture espagnole ancienne
« Dans toute l'Europe il n'y a d'autre recueil aussi abondant », note Joseph Luzzatto. 613 poèmes sur les 816 attribués au grand poète andalou — soit ~75 % de son œuvre connue. Compilé par Yehoshua bar Eliyahu Halevi (préface arabe traduite par Shadal). Le manuscrit contient 15 700 distiques. 135 poèmes en avaient été publiés par Shadal dans Betoulat Bat Yehouda (Prague 1840) et Otsar Néḥmad.
Source : préface de Shadal au Divan des Castilliers Abul-Hassan, éd. Geiger.
N° 98
Tarshish & Divan de Moshé ibn Ezra
324 folios · in-4 · post-1500 · seul exemplaire connu
Le Tarshish (10 sections, 1 210 strophes) dédié à Avraham ibn Ezra, suivi du Divan profane et sacré. La 1re page, encrassée d'encre, fut nettoyée par Shadal lui-même pour révéler le texte. 12 000 distiques au total, dont 107 + 191 publiés par Shadal dans le Kerem Ḥemed avec son commentaire. Frontispice de la main de Yaakov Roman, qui possédait le manuscrit.
Source : 2 lettres de Shadal, Kerem Ḥemed IV pp. 65-74 et 80-97.
N° 116
Divan de Yaakov Francès
138 folios · in-4 · autographe · XVIIe s.
Manuscrit de la main de l'auteur (au moins en grande partie), poète italien Yaakov Francès. Vers satiriques, certains anti-kabbalistiques — l'auteur a substitué des lettres pour cacher ses paroles, et Shadal a déchiffré les substitutions. La 1re pièce, dédiée à Charles II Gonzaga duc de Mantoue, fut envoyée par Shadal au journal Hamevasser en 1863. Quasi entièrement inédit (7 poèmes seulement publiés à ce jour).
Source : Steinschneider, Cat. Bodl. p. 1711.
N° 22
Kuzari avec Édoùt le-Israël
132 + 30 ff · in-8 · 1771 · commentaire inédit
Le Kuzari de Yehouda Halevi accompagné d'un commentaire ancien anonyme (jusqu'au III, 39), prolongé par Édoùt le-Israël attribué à R. Salomon ben Menaḥem. Le manuscrit conserve à la fin la préface arabe du traducteur Yehouda ibn Tibbon, achevée à Lunel en 1170 — « 5531 de la création du monde ».
Source : Shadal, préface au Couzari de Brecher.
N° 7
Ba'al Kenafayim & Mikhlol
302 ff · grand in-4 · 22 lignes · 2 colonnes · inédit
Dictionnaire des rimes hébraïques anonyme, accompagné du Mikhlol de David Kimḥi. Notes marginales attribuées à Élie Halewy (1477-1549), célèbre grammairien né à Padoue et mort à Venise. Le copiste cite uniquement les anciens (jusqu'à Maïmonide), ce qui suggère une rédaction au tournant du XVe/XVIe s.
Source : préface de Shadal à l'éd. Lyck 1862 du Mikhlol.
Conclusion du dépouillement systématique du catalogue 1868
1
Ce que contient le catalogue

Synthèse du contenu inventorié

Le catalogue de 1868 documente une bibliothèque de ~ 1 877 entrées couvrant cinq siècles de littérature hébraïque et orientale, répartie en quatre sections : 121 manuscrits originaux, 272 imprimés hébreux antérieurs à 1600 (dont 26 incunables), 869 imprimés postérieurs à 1600, et 615 ouvrages occidentaux sur des sujets juifs et orientaux.

Les 121 manuscrits forment un fonds essentiellement liturgico-poétique et exégétique : Maḥzorim et Sidourim de tous les rites, grands Divans andalous (Yehouda Halevi, Moshé ibn Ezra, frères Francès), commentaires bibliques (Rashi, Ibn Ezra, Radak, Ramban), traités de grammaire, de philosophie et de kabbale.

La répartition géographique est dominée par l'Italie (~55 %), suivie du monde sépharade (~15 %) et ashkenaze (~10 %). Le Maghreb est représenté mais dans un rôle strictement liturgique : les seules pièces nord-africaines du fonds sont les trois Maḥzorim de Fez, Tetouan et Oran. Les pièces remarquables — celles que Joseph Luzzatto signalait aux bibliophiles dès la première page — confirment ce profil intellectuel : un catalogue à l'image de Shadal lui-même, philologue padouan tourné vers la poésie andalouse et la grammaire hébraïque.

2
Le fait nouveau

Aucune trace de la famille Encaoua dans le catalogue

Le dépouillement révèle un fait que le collectif n'avait pas anticipé. Sur les ~ 1 877 entrées du catalogue, aucune ne mentionne la famille Encaoua — ni sous l'orthographe Aln'kaoua, ni Ankaoua, ni Encaoua. Aucune œuvre du Rab Ephraïm de Tlemcen, aucune œuvre de son fils Israël (auteur du Menorat ha-Maor) n'apparaît à l'inventaire.

Ce constat contredit directement le récit fondateur du courriel d'Alfred Enkaoua à Didier Nebot du 27 août 2025 — message qui a initié le projet GMPL — selon lequel les manuscrits Encaoua de la Bodleian auraient transité par la bibliothèque de Shadal puis seraient parvenus à Oxford via la vente Isaia Luzzatto de 1869.

Le canal Luzzatto, par lequel les manuscrits du Rab seraient passés de Tlemcen à Padoue puis à Oxford, n'est pas confirmé par cette source primaire.

Les hypothèses se déplacent désormais vers les collections Oppenheimer (Prague, 1829) et Huntington (Alep, 1693), où trois manuscrits Encaoua sont effectivement identifiés au catalogue Neubauer — voir Avancée du Collectif, Partie III.

Pistes complémentaires à explorer

Six hypothèses qui pourraient expliquer le récit transmis par Alfred Enkaoua

Le fait nouveau ne disqualifie pas le message fondateur d'Alfred Enkaoua : il appelle au contraire un travail d'élucidation. Plusieurs pistes peuvent expliquer ce que rapportait Alfred — et certaines pourraient même se confirmer en parallèle de la nouvelle voie Oppenheimer/Huntington. Six hypothèses méritent d'être explorées par le collectif.

a
Confusion avec un autre bibliophile padouan
Joseph Almanzi (1801-1860), ami intime de Shadal à Padoue, possédait sa propre bibliothèque hébraïque. Une partie a été achetée par le British Museum, l'autre est entrée à Oxford. Une mémoire familiale ayant retenu « passé par les Italiens de Padoue » a pu être transmise sous le nom de Luzzatto, plus connu.
b
Confusion avec Yashar Reggio
Isaac Samuel Reggio (1784-1855), philologue padouano-goricien contemporain de Shadal, dont la collection est entrée à la Bodleian en 1853 — l'un des deux canaux d'acquisition Luzzatto-related identifiés à Oxford. Confusion plausible entre deux figures voisines.
c
Le « Luzzatto » métonymique
Pour les familles savantes du XIXe et du début XXe s., le nom Luzzatto était devenu un raccourci désignant l'ensemble du cercle des bibliophiles juifs italiens. Le récit transmis pourrait signifier « passé par les Italiens » au sens large.
d
Le canal Maghreb-Padoue a réellement existé
Il y a une vérité historique partielle : un manuscrit liturgique d'Algérie est bien arrivé à Padoue via Shadal — le Mahzor d'Oran (n° 53). La famille Encaoua, sachant qu'un canal Algérie-Italie existait au XIXe s., a pu généraliser ce fait à ses propres manuscrits par mémoire collective.
e
Manuscrits identifiés mais via un autre canal
Les trois manuscrits Encaoua effectivement présents à la Bodleian (MS Opp. 241, MS Hunt. 559, MS Opp. 146) y sont arrivés respectivement par Oppenheimer (Prague, 1829) et Huntington (Alep, 1693), bien avant la vente Isaia Luzzatto. Alfred Enkaoua connaissait peut-être leur présence à Oxford sans connaître leur canal réel.
f
Une autre génération Encaoua
Le récit familial évoque-t-il peut-être des manuscrits postérieurs au Rab Ephraïm ? La dynastie Encaoua a continué à produire jusqu'aux XIXe-XXe siècles. Un manuscrit familial de cette période plus récente aurait éventuellement pu transiter par un bibliophile italien. Hypothèse à vérifier dans les recensements communautaires d'Algérie.
Le lieu · Bodleian Library

Les manuscrits à Oxford

La Bodleian Library d'Oxford est la principale concentration mondiale de manuscrits du Fonds Luzzatto — mais aussi le point d'arrivée de plusieurs autres grandes collections juives privées entrées avant Luzzatto (Huntington 1693, Oppenheim 1829, Reggio 1853). Cette rubrique consolide quatre volets : (1) l'anatomie du Catalogue Neubauer 1886, (2) les quatre grandes collections d'acquisition, (3) la synthèse « Aln'kaoua à Oxford par trois canaux », (4) les travaux et protocoles du Groupe Oxford.

Fac-similé · Source primaire

La page de titre originale du Catalogue de Neubauer

Oxford, Clarendon Press, MDCCCLXXXVI (1886) — la première page utile du volume 1.

Page de titre du Catalogue of the Hebrew Manuscripts in the Bodleian Library, par A.D. Neubauer, Oxford, Clarendon Press, 1886
A. D. Neubauer · Catalogue of the Hebrew Manuscripts in the Bodleian Library · Oxford, Clarendon Press, 1886

« Catalogi codd. mss. Bibliothecae Bodleianae Pars XII — Catalogue of the Hebrew Manuscripts in the Bodleian Library and in the College Libraries of Oxford, including MSS. in other languages, which are written with Hebrew characters, or relating to the Hebrew language or literature; and a few Samaritan MSS. — Compiled by A. D. Neubauer, M. A., Exeter College, Oxford. With forty facsimiles. »

Analyse du document

Le Neubauer 1886 — anatomie d'un catalogue de référence

Comme nous l'avons fait pour le Catalogue Luzzatto 1868, voici une analyse structurée du Catalogue Neubauer (Oxford, Clarendon Press, 1886) — l'outil principal du Groupe Oxford pour reconstituer la liste des cotes Luzzatto à la Bodleian. Quatre angles complémentaires : son architecture matérielle, ses champs de description, les collections d'acquisition qu'il décrit, et les pièces qui intéressent directement nos travaux.

A Anatomie du catalogue

Le volume 1 du Neubauer (1886) est un in-quarto de l'Oxford Clarendon Press, organisé en quatre grands ensembles : préliminaires, le catalogue proprement dit (numéros 1 à 2 602), les index multiples permettant l'interrogation transversale, et 40 planches de fac-similés paléographiques. Le volume 2, achevé par Arthur E. Cowley en 1906, ajoute les acquisitions postérieures à 1886 (cotes MSS. Heb.) — c'est dans ce volume que figureront les manuscrits issus de la vente Isaia Luzzatto de 1869-1870.

I
Praefatio & Conspectus
Préliminaires
~ 50 pages
Préface en anglais de Neubauer, dédicace, abréviations, sigles paléographiques, table des fac-similés, Tableau VIII p. xxxii — celui qui consigne les principales collections d'acquisition du Bodleian, dont le canal Isaia Luzzatto de 1869.
II
Catalogus codicum
Notices manuscrit par manuscrit
2 602 entrées
Le cœur du volume : 1 167 colonnes décrivant un par un les manuscrits hébreux, judéo-arabes, judéo-persans et samaritains de la Bodleian et des bibliothèques de collège d'Oxford. Numérotation continue de 1 à 2 602.
III
Indices
Index multiples
~ 80 pages
Index of Authors (auteurs cités), Index of Titles (titres d'œuvres), Index of Owners (anciens possesseurs — déterminant pour identifier les pièces Luzzatto), Index of Scribes (copistes), Index of Localities (lieux de copie).
IV
Tabulae XL
40 fac-similés paléographiques
40 planches
Reproductions photolithographiques des écritures les plus représentatives — séfarade, italienne, ashkénaze, yéménite, orientale — utilisables pour dater et localiser un manuscrit par comparaison stylistique.
Total volume 1 : 2 602 notices · 4 grands ensembles · 1 167 colonnes · imprimerie Clarendon Press, Oxford, 1886 · complété par le volume 2 (Cowley, 1906) avec les MSS. Heb. acquis 1886-1906
B Les champs de description

La force du Neubauer pour le Groupe Oxford réside dans la systématicité des champs renseignés pour chaque notice. Une notice type comporte six éléments d'information, dont la combinaison permet de reconstituer la trajectoire d'un manuscrit depuis son lieu de copie jusqu'à son entrée à la Bodleian. C'est en croisant ces champs avec les index que l'on identifie les pièces issues de la collection Luzzatto.

Cote Bodleian
Champ obligatoire
Numéro Neubauer (1 à 2 602), suivi de la cote actuelle Bodleian (Opp., Hunt., Marsh., Reggio, Mich., Bodl., Pococke…). Cette double cote permet de retrouver immédiatement le manuscrit dans les magasins.
Ex. n° 939 = Opp. 241, n° 1258 = Hunt. 559, n° 1312 = Opp. 146.
Titre & Auteur
Champ obligatoire
Titre de l'œuvre (en hébreu translittéré), nom de l'auteur, parfois accompagné des dates et de l'école rabbinique. Quand l'œuvre est anonyme ou attribuée, Neubauer le signale.
Ex. Sha'ar Kevod Hashem par Ephraïm al-Naqawa, Menorat ha-Ma'or par Israël ben Joseph al-Naqawa.
Datation
Champ critique
Date de copie quand attestée par colophon, sinon datation paléographique (siècle). Année de l'ère chrétienne et de l'ère juive (anno mundi) quand mentionnées.
Ex. Menorat ha-Ma'or Opp. 146 : copié en 1441 (colophon).
Écriture & Support
Codicologie
Type d'écriture (square Sephardi, cursive Italian, square Ashkenazi, Oriental rabbinic…), support (vélin, parchemin, papier, charta bombycina), nombre de feuillets, format, lignes par page.
Ex. Hunt. 559 : « square Sephardic, XVth cent. ».
Contenu détaillé
Description analytique
Découpage du texte par sections, chapitres, ou pièces (pour les recueils). Mention des œuvres secondaires (préfaces, commentaires marginaux, ajouts ultérieurs d'autres mains). Indication des lacunes éventuelles.
Ex. Hunt. 559 : « the end is wanting » — fin manquante.
Provenance & Possesseurs
Champ-clé pour le GMPL
Le champ central pour notre travail. Mentionne la collection d'acquisition (« from the Oppenheim collection », « presented by Isaia Luzzatto, 1869 »…), les anciens possesseurs cités dans des marques, les colophons secondaires.
Ex. Opp. 146 : copié pour Joseph Hayyun, milieu séfarade identifiable.
C Les grandes collections d'acquisition

La Bodleian est une accumulation de collections privées rachetées au fil des siècles. Neubauer organise sa préface autour de ces grandes acquisitions, et c'est par leur identification que l'on remonte aux canaux d'entrée des pièces du Fonds Luzzatto. Les sept collections suivantes regroupent l'essentiel des manuscrits hébreux décrits dans le volume 1.

Pococke (1693)
~ 420 MSS
Edward Pococke (1604-1691), orientaliste, chapelain à Alep. Manuscrits collectés au Levant. Pas de pièce Luzzatto, mais riche en hébreu / judéo-arabe d'origine ottomane.
Huntington (1693)
~ 220 MSS
Robert Huntington (1637-1701), chapelain à Alep 1671-1681, voyages en Palestine, Chypre, Égypte. Collection acquise par la Bodleian en 1692/93. Cote Hunt. — contient le MS Hunt. 559 (n° 1258 du Sha'ar Kevod Hashem).
Marsh (1714)
~ 90 MSS
Narcissus Marsh, archevêque d'Armagh. Collection issue notamment du legs Golius. Cote Marsh.
Canonici (1817)
~ 130 MSS
Jésuite vénitien Matteo Luigi Canonici (1727-1805). Bibliothèque rachetée par la Bodleian en 1817. Concentration de manuscrits italiens et juifs vénitiens.
Oppenheim (1829)
~ 780 MSS
David ben Abraham Oppenheim (1664-1736), chef-rabbin de Prague. Bibliothèque mise à l'abri à Hanovre puis Hambourg, vendue à la Bodleian en 1829 pour 2 000 £. La plus grande collection privée hébraïque jamais entrée à Oxford. Cote Opp. — contient le MS Opp. 146 (Menorat ha-Ma'or, 1441) et le MS Opp. 241 (Sha'ar Kevod Hashem complet).
Reggio (1853)
~ 78 MSS
Isaac Samuel Reggio (1784-1855), correspondant et collaborateur de Shadal à Padoue. Bibliothèque rachetée en bloc 16 ans avant la mort de Shadal. Cote MS. Reggio 1 à ~78. Premier canal documenté reliant Oxford au cercle padouan.
Vente Isaia Luzzatto (1869-1870)
canal Luzzatto strict
Isaia Luzzatto (1836-1898), fils de Shadal, vend à la Bodleian peu après la mort de son père. Cotes MS. Opp. Add. 4° & MSS. Heb. Décrit dans le volume 2 du Neubauer (Cowley, 1906) plutôt que dans le vol. 1. Pièce emblématique : le Maḥzor d'Oran en cinq volumes.
D Pièces clés pour le GMPL

Quatre fiches détaillées sur les manuscrits du Neubauer 1886 directement liés à la lignée Aln'kaoua et à Shadal. Pour chaque pièce, le numéro Neubauer, la cote Bodleian actuelle, et les apports clés tirés de la notice et confirmés par les rapports de Frédéric Ankaoua et de Yves Bentura présentés dans la rubrique La lignée Aln'kaoua.

N° 1312 = Opp. 146
Menorat ha-Ma'or
Israël ben Joseph al-Naqawa · daté 1441 · écriture séfarade · ~ 312 ff. (dont ff. 297-312 d'une autre main)
Œuvre du père d'Ephraïm al-Naqawa, mort sur le bûcher à Tolède en 1391. Le colophon de f. 147b indique que le manuscrit a été copié par « Moïse le ḥazzan » pour « Joseph Hayyun » — propriétaire séfarade nominalement identifiable, ancrage occidental net. Réfection partielle (ff. 297-312) signalant une histoire matérielle prolongée. Entré à la Bodleian via la collection Oppenheim en 1829.
Source : notice KTIV (Bodleian) ; rapport Frédéric Ankaoua sur les trajectoires Al-Naqawa.
N° 1258 = Hunt. 559
Sha'ar Kevod Hashem
Ephraïm al-Naqawa · XVe siècle séfarade · fin manquante
Traité maïmonidien d'Ephraïm al-Naqawa, le Rab de Tlemcen. Réponse aux critiques de Nahmanide contre le Guide des égarés de Maïmonide. Au f. 46a, ajout postérieur d'un fragment de commentaire sur Isaïe 6:2 par un certain « Abraham » — indice d'une longue réutilisation. Acquis par Robert Huntington au Levant (probablement Alep, 1671-1681), entré à la Bodleian en 1692/93.
Source : notice KTIV (Bodleian) ; rapport Yves Bentura, avril 2026.
N° 939 = Opp. 241
Sha'ar Kevod Hashem (complet)
Ephraïm al-Naqawa · 77 feuillets · écriture orientale · exemplaire complet
Second témoin oxonien du Sha'ar Kevod Hashem. Profil composite : extraits aggadiques et halakhiques ajoutés en début, suggérant une réutilisation dans un recueil savant. Témoin distinct de Hunt. 559 — pas un doublon mais une seconde chaîne de transmission indépendante. Entré à la Bodleian via la collection Oppenheim en 1829. C'est l'un des deux candidats pour le manuscrit utilisé par Hayim Bliah via Shlomo Buber pour l'editio princeps de Tunis 1902.
Source : Neubauer 1886 ; rapport Yves Bentura, avril 2026.
Vol. 2 (Cowley 1906)
Maḥzor d'Oran
5 volumes · 660+ folios · in-8 · XVIIe s. · Algérie
Pièce emblématique du canal Isaia Luzzatto 1869-1870. Recueil liturgique annuel composé à Oran. Plus de 50 piyyutim de Yitzḥak ibn Ghiath, autant de Moshé ibn Ezra, plus encore de Salomon ibn Gabirol et Yehouda Halevi. Le Ve volume contient des mémoires familiales de la dynastie Cansino d'Oran. Référencé dans le supplément Cowley plutôt que dans le vol. 1 — le Neubauer 1886 ne couvre pas encore les acquisitions postérieures à la vente Isaia.
Source : lettre de Shadal, Kerem Ḥemed IV pp. 23-41 ; volume 2 Neubauer-Cowley 1906.
Méthode du dépouillement

Comment le Groupe Oxford utilise concrètement ce catalogue

Recherche plein texte sur les chaînes « Luzzatto », « S. D. Luzzatto », « from Luzzatto », « Reggio », « Almanzi », « Hayyun », « al-Naqawa » dans le PDF du catalogue (accessible en libre téléchargement sur Internet Archive) ; recoupement avec l'Index of Owners et le Tableau VIII p. xxxii ; vérification dans le catalogue dédié hebrew.bodleian.ox.ac.uk qui donne la fiche descriptive de chaque manuscrit avec sa provenance d'acquisition. Estimation pour le volume 1 seul : 15-25 h de travail systématique pour identifier nominativement les ~19 cotes Luzzatto via Neubauer.

Précaution méthodologique

Trois Luzzatto, deux canaux d'entrée

Le nom « Luzzatto » apparaît dans le catalogue Bodleian dans des rôles différents qu'il faut bien distinguer. Une notice peut combiner deux ou trois de ces rôles. Et pour comprendre comment ces manuscrits sont arrivés à Oxford, il faut savoir qu'ils n'ont pas suivi un seul chemin.

Auteur · Ramhal
Moshe Hayyim Luzzatto
1707–1747, Padoue
Kabbaliste et poète, dit le Ramhal. Ses œuvres autographes ou copiées dans le cercle padouan se rencontrent dans plusieurs manuscrits — sans rapport direct avec la bibliothèque de Shadal, qui en hérite par sa connaissance du milieu padouan.
Auteur · Possesseur · Shadal
Samuel David Luzzatto
1800–1865, Trieste & Padoue
Philologue et bibliste, dit Shadal. C'est lui le « Luzzatto » du Fonds que le GMPL étudie. Sa bibliothèque a été démembrée après sa mort. Il apparaît à la fois comme auteur d'annotations marginales et comme propriétaire des manuscrits qu'il a possédés.
Vendeur
Isaia Luzzatto
1836–1898, fils de Shadal
À l'origine de la vente de 1869–1870 à la Bodleian. C'est lui qui éditera plus tard la correspondance de son père (Igrot Shadal, 1882–1894). Ses filles périront en déportation pendant la Shoah.

Comment ces manuscrits sont arrivés à la Bodleian

A Collection Reggio
1853
Cotes MS. Reggio 1 à ~78
Bibliothèque d'Isaac Samuel Reggio (1784–1855), correspondant et collaborateur de Shadal à Padoue. Achetée en bloc 16 ans avant la mort de Shadal. Ce n'est pas, au sens strict, une provenance Luzzatto — c'est la bibliothèque de Reggio. Mais elle contient une concentration unique d'autographes du Ramhal et de pièces transmises par Shadal.
B Vente Isaia Luzzatto
1869–1870
Cotes MS. Opp. Add. 4° & MSS. Heb.
Vente directe par le fils de Shadal à la Bodleian, peu après la mort du père. Pièces issues de la bibliothèque personnelle de Shadal. C'est sur ce canal que la mention « provenance Luzzatto » au sens strict est la plus claire. Pièce emblématique : le Maḥzor d'Oran en cinq volumes.
Geniza du Caire — pas de Luzzatto
Volume II
1906
Catalogue, vol. II — par Neubauer & Cowley
316
Manuscrits
310
Pages
166
Geniza du Caire

Achevé par Arthur Ernest Cowley après que Neubauer eut perdu la vue, ce second volume couvre les manuscrits acquis entre 1886 et 1906. Il porte principalement sur les fragments découverts dans la Geniza de l'ancienne synagogue Ben-Ezra du Caire, achetés à partir de 1890 par l'intermédiaire du révérend Greville John Chester et du comte d'Hulst.

Résultat de notre dépouillement
Aucune mention de « Luzzatto » dans ce volume — ce qui est cohérent avec la chronologie : la collection Luzzatto avait été vendue 17 ans avant la période couverte par le vol. II. La zone alphabétique L de l'index général va de Levi → Levisson → Liebermann → Lipschütz, sans entrée Luzzatto. Les 58 manuscrits manquants pour atteindre les 77 identifiés par le Groupe Oxford doivent donc se trouver soit dans des notices du vol. I que notre OCR aurait manquées, soit dans les registres internes d'acquisition de la Bodleian (1869-1870), à demander auprès de César Merchan-Hamann.
Approche complémentaire · Source primaire de Padoue

L'approche par Padoue

Le Catalogue de Neubauer dit ce qui est arrivé à la Bodleian. Mais pour reconstituer le Fonds Luzzatto dans son intégralité, il faut aussi regarder dans l'autre sens : partir des catalogues rédigés à Padoue par Shadal et son cercle, juste avant la dispersion, et suivre où chaque pièce a abouti. Deux catalogues, en français, publiés dans les années 1860, sont la clé de cette approche inversée.

Approche classique

Partir des catalogues d'institutions (Neubauer Bodleian, Margoliouth British Library…) et chercher les pièces marquées « provenance Luzzatto » dedans. Limite : on ne trouve que ce qui a été correctement indexé par les catalogueurs, et on ne sait pas ce qui s'est perdu en route.

Approche par Padoue

Partir de l'inventaire pré-vente rédigé par Shadal et son fils à Padoue, et suivre chaque numéro jusqu'à sa destination actuelle. Avantage : on identifie aussi les pièces qui ont disparu de la trace publique.

Bibliothèque de Shadal · 1868
Padoue, janvier 1868 · 64 pages · Français
Rédigé par Joseph Luzzatto, fils de Shadal

Catalogue de la bibliothèque de littérature hébraïque et orientale de feu Samuel David Luzzatto

Inventaire pré-vente, publié un an avant la grande vente de 1869.

Ce catalogue est l'inventaire descriptif de la bibliothèque que Shadal a possédée à sa mort, dressé par son fils Joseph (à distinguer d'Isaia, l'autre fils, qui sera le vendeur en 1869). Publié à Padoue en janvier 1868, c'est-à-dire juste avant la dispersion, c'est la source primaire absolue pour reconstituer le fonds : tout ce qui a été vendu en 1869 à la Bodleian, à l'AIU et ailleurs y figure, dans son état originel à Padoue. Croiser chaque numéro de ce catalogue avec sa cote actuelle (Bodleian, AIU, JTS, etc.) permet de tracer la dispersion pièce par pièce.

Bibliothèque d'Almanzi · ca. 1864
Catalogue de vente · Français
Rédigé par S.D. Luzzatto lui-même (avec préface)

Catalogue de la bibliothèque de littérature hébraïque et orientale de feu Joseph Almanzi

Inventaire dressé après la mort d'Almanzi (1860), pour la vente de sa bibliothèque.

Joseph Almanzi (1801-1860), riche bibliophile padouan, ami de toute une vie de Shadal, a rassemblé une des plus importantes bibliothèques hébraïques privées du XIXe siècle (incluant l'ancienne bibliothèque du Hida, R. Hayyim Yosef David Azulai). À sa mort, sa famille a confié à Shadal la rédaction du catalogue. Son intérêt pour le GMPL est double : (1) Almanzi et Shadal échangeaient des manuscrits ; (2) en 1865, le British Museum a acquis 332 manuscrits de cette collection — c'est l'origine de la présence Luzzatto/Almanzi à la British Library.

La méthode inversée, en quatre temps

1
Lire le catalogue source
Dépouiller numéro par numéro le catalogue Joseph Luzzatto 1868 (et Almanzi par Shadal). Établir l'inventaire complet de ce qui était à Padoue.
2
Croiser avec institutions
Chercher chaque numéro dans Neubauer (Bodleian), Margoliouth (BL), catalogue AIU, JTS, Columbia… Les descriptions précises (titre, auteur, format, date) permettent l'identification.
3
Identifier les correspondances
Pour chaque pièce trouvée, établir la chaîne de provenance complète : Padoue (Shadal) → vente 1869 → institution actuelle. Les pièces non retrouvées signalent un trou (vente privée, perte, méconnaissance).
4
Produire la liste exhaustive
Synthèse finale : un tableau pièce-par-pièce, colonne 1868 / colonne destination actuelle. C'est le seul moyen de connaître le périmètre exact du Fonds tel qu'il était à Padoue avant 1865.
État opérationnel · Cadre de travail prêt

Le dépouillement est en cours

Un cadre de dépouillement structuré a été préparé pour accueillir la saisie systématique des deux catalogues. Il est livré sous forme de classeur Excel à quatre feuilles, prêt à recevoir les données pièce par pièce. Le travail effectif de saisie pourra commencer dès que les PDFs des deux catalogues auront été téléchargés depuis Google Books — ces fichiers étant bloqués au téléchargement automatisé pour des raisons techniques (robots.txt et restrictions du proxy).

XL

Cadre de dépouillement — catalogues sources

Excel · 4 feuilles · 22 Ko · Police Cambria + Calibri

Quatre feuilles : Présentation (mode d'emploi, comparatif des deux catalogues, codes de statut), Cat. Luzzatto 1868 (50 lignes vides à 19 colonnes : numéro, page, titre français/translit., titre hébreu, auteur, lieu, date, format, type, notes, et 6 colonnes de croisement institutionnel — Bodleian, BL, AIU, JTS, Columbia, Parma), Cat. Almanzi 1864 (même structure, pré-remplie avec les 9 sections repérées dans le sommaire Google Books et 10 indices de contenu identifiés), Synthèse (compteurs automatiques par catégorie : ✓ identifiés / ? à identifier / ✗ perdus).

Télécharger
Plan de travail — étapes suivantes
  1. Téléversement des PDFs : un membre du collectif télécharge depuis Google Books les deux catalogues (cliquer sur « Download PDF » sur les pages des deux catalogues — connexion Google requise mais gratuite, fichiers du domaine public) et les met à disposition.
  2. OCR et structuration : reconnaissance optique de caractères sur les pages des deux PDFs (Tesseract pour la partie française, OCR hébraïque pour les titres). Première saisie automatique du contenu dans le cadre Excel.
  3. Relecture et complétion : un humain corrige les erreurs d'OCR — particulièrement nécessaires sur les titres hébreux et les chiffres romains de pagination.
  4. Croisement systématique : pour chaque entrée, recherche dans Neubauer 1886 (Bodleian), Margoliouth (British Library), catalogue numérique AIU, catalogue JTS, Columbia OPAC, et catalogue De Rossi (Parme). Mise à jour des cotes actuelles.
  5. Synthèse finale : tableau pièce-par-pièce avec, pour chaque numéro du catalogue 1868, la destination actuelle (ou son absence). Premier inventaire complet du Fonds Luzzatto reconstitué.
Document de travail · Groupe Oxford

Inventaire des manuscrits déposés à la Bodleian Library

77 manuscrits avec provenance Luzzatto comptés par le Groupe Oxford. 29 sont déjà localisés par leur cote Bodleian : 19 via le canal Isaia 1869 (Neubauer 1886) et 10 via le canal Reggio 1853.

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État de l'inventaire
Sur les 77 manuscrits que le Groupe Oxford a comptés comme issus du Fonds Luzzatto à la Bodleian, 29 sont aujourd'hui identifiés par leur cote précise. Le dépouillement a révélé que ces manuscrits sont entrés à la Bodleian par deux canaux distincts : la collection Reggio (1853) et la vente Isaia Luzzatto (1869–1870) — voir le bloc Méthodologie pour la liste exhaustive ci-dessous.
1

Les manuscrits Aln'kaoua à Oxford — par trois canaux d'acquisition distincts

Cotes établies par dépouillement du Catalogue Neubauer 1886 et concordances Beit-Arié & May 1994 (Supplément). Corrige les références « MS 5447 » et « MS Hunt. 268 » de Nebot, Le Manuscrit sacré, p. 261-264 (cotes erronées).

Constat majeur : les manuscrits Aln'kaoua de la Bodleian sont arrivés à Oxford bien avant la vente Luzzatto de 1869-70, par deux canaux indépendants (Huntington 1693 et Oppenheim 1829). À ce jour, aucun manuscrit Aln'kaoua n'a été identifié dans le Fonds Luzzatto.

Cote actuelle Auteur Œuvre Canal d'acquisition
MS. Hunt. 161Israël ben Joseph Aln'kaoua (père, martyr d'Écija 1391)Menorat ha-Ma'or (manuscrit unique au monde)Huntington · 1693
MS. Hunt. 559 (= Neubauer 1258, item 2)Ephraïm Aln'kaoua (fils, fondateur de Tlemcen)Sha'ar Kevod AdonaiHuntington · 1693
MS. Opp. 146 (= Neubauer 1312)Israël ben Joseph Aln'kaouaMenorat ha-Ma'or (copie 1441)Oppenheim · 1829
MS. Opp. 241 (= Neubauer 939, item 2)Ephraïm Aln'kaouaSha'ar Kevod Elohim (autre copie)Oppenheim · 1829
aucune cote identifiéecanal LuzzattoLuzzatto · 1869-70 · question ouverte
Correction documentaire vis-à-vis de Nebot p. 261-264
Les références « MS 5447 » et « MS Hunt. 268 » données dans Le Manuscrit sacré sont erronées. Le numéro 5447 ne correspond ni à une cote MSS. Opp. Add. (qui s'arrête à ~194 pour le format quarto), ni à un numéro de Neubauer (qui plafonne à ~2600). Quant à MS Huntington 268, la collection Huntington a été acquise par la Bodleian dès 1693 — bien avant Luzzatto. La cote correcte pour le Menorat ha-Ma'or d'Israël Aln'kaoua est MS. Hunt. 161 (manuscrit unique, base de l'édition Enelow 1929-32). Concordance Neubauer ↔ cotes actuelles attestée par la préface de Neubauer 1886 (Table I, « Old Collection », p. xiii).
2

Premiers manuscrits localisés dans Neubauer 1886

Source : Catalogue of the Hebrew Manuscripts in the Bodleian Library, vol. 1, par Adolf Neubauer, Oxford, Clarendon Press, 1886 (628 p.). Dépouillement croisant le Tableau VIII p. xxxii, l'Index of Owners, l'Index of Authors et les notices individuelles.

19 manuscrits sont à ce jour formellement localisés dans le volume 1 de Neubauer, avec leur numéro de catalogue et leur source précise. Ce sont les premières cotes vérifiables du Fonds Luzzatto à la Bodleian — chacune peut être consultée individuellement et photographiée.

Neubauer N° Cat. Luzzatto Source dans Neubauer 1886 Note
1082Index of Owners (p. 1087)S. D. Luzzatto cité comme propriétaire
108953 vol. 4Tableau VIII, p. xxxiiAcheté sur catalogue de vente Luzzatto
11445Tableau VIII, p. xxxiiAcheté sur catalogue de vente Luzzatto
116353 vol. 5Tableau VIII, p. xxxiiAcheté sur catalogue de vente Luzzatto
116813Tableau VIII, p. xxxiiAcheté sur catalogue de vente Luzzatto
118652Tableau VIII, p. xxxiiAcheté sur catalogue de vente Luzzatto
119053 vol. 3Tableau VIII, p. xxxiiAcheté sur catalogue de vente Luzzatto
119153 vol. 2Tableau VIII, p. xxxiiAcheté sur catalogue de vente Luzzatto
145789Tableau VIII, p. xxxiiAcheté sur catalogue de vente Luzzatto
1531Notice (corps catalogue)« Copié pour S. D. Luzzatto par Jacob Levi de Turin, 1845 » — cote Opp. Add. 4to, 89
153231Tableau VIII + Index of OwnersAchat ; Luzzatto cité comme propriétaire
197154Tableau VIII + Index of AuthorsNotes manuscrites de S. D. Luzzatto
197298Tableau VIII + Index of AuthorsNotes manuscrites de S. D. Luzzatto
198753 vol. 1Tableau VIII, p. xxxiiAcheté sur catalogue de vente Luzzatto
199093 ?Tableau VIII, p. xxxiiAchat (avec interrogation Neubauer sur le n° de catalogue)
1991116 ?Tab. VIII + Index Authors + NoticeNotes autographes de Luzzatto — cote Opp. Add. 4to, 92
21773Tableau VIII, p. xxxiiAcheté sur catalogue de vente Luzzatto
217827Tableau VIII, p. xxxiiAcheté sur catalogue de vente Luzzatto
2398Index of Authors (entrée 2398, 3)Notes manuscrites de S. D. Luzzatto
Fac-similé · Neubauer 1886, page xxxii
« MSS. bought from printed lists compared with the Catalogue » — la table publiée par Neubauer recense, parmi d'autres provenances, 16 manuscrits achetés sur le catalogue de vente Luzzatto en 1869.
Page xxxii du Catalogue de Neubauer (1886) — Tableau VIII des manuscrits achetés sur listes imprimées
Page entière Page xxxii du Catalogue Le Tableau VIII apparaît au bas de la page, à côté d'un index des manuscrits Bodl. Or. dans la moitié supérieure.

Le « Tableau VIII » est un inventaire publié par Neubauer en page xxxii de son catalogue : il liste 16 manuscrits achetés en 1869 sur le catalogue de vente imprimé de la bibliothèque Luzzatto. Les autres entrées (1082, 2398, 1531) proviennent des index thématiques ou du corps des notices.

3

L'autre canal d'entrée : la collection Reggio (1853)

Source : recherches au catalogue en ligne hebrew.bodleian.ox.ac.uk ; étude M. Benayahu, כתבי הקבלה שלרמח״ל, Jérusalem, 1970.

Avant la vente Isaia Luzzatto de 1869, la Bodleian avait déjà acquis en 1853 la bibliothèque d'Isaac Samuel Reggio (1784–1855), correspondant et collaborateur de Shadal à Padoue. Bien que ce ne soit pas stricto sensu une provenance Luzzatto, cette collection contient une concentration unique de pièces liées au cercle padouan : autographes du Ramhal (Moshe Hayyim Luzzatto), copies anciennes de ses œuvres kabbalistiques, et pièces transmises par Shadal à Reggio par échange ou don. 10 cotes avec lien Luzzatto direct ou indirect ont été identifiées dans cette collection.

Important — distinguer Ramhal et Shadal Plusieurs cotes Reggio contiennent des autographes ou copies du Ramhal (Moshe Hayyim Luzzatto, 1707–1747, kabbaliste paduan). C'est un Luzzatto différent de celui qui nous intéresse (Samuel David Luzzatto, 1800–1865). Le lien avec le Fonds Luzzatto au sens strict est donc indirect : ces pièces témoignent du milieu padouan dans lequel Shadal a évolué et de son réseau de correspondance, plutôt que de sa bibliothèque personnelle.
Cote Bodleian Neubauer 1886 Auteur / contenu Lien Luzzatto
MS. Reggio 3n° 679Reggio coll. 1853
MS. Reggio 11n° 1306Jagel, Avicenne, Levi b. GershomÉtude Benayahu : matière kabbalistique du Ramhal
MS. Reggio 13n° 2028Reggio coll. 1853
MS. Reggio 19n° 1994Reggio coll. 1853
MS. Reggio 25n° 1557Reggio coll. 1853
MS. Reggio 31n° 1901Ramhal, Tikkunim ḥadashimAutographe du Ramhal (fol. 123, 1734) ; copie Jacob Shalom, Padoue ca. 1730
MS. Reggio 46n° 2021Reggio coll. 1853
MS. Reggio 51n° 2250Sefer Yetsirah ; sermons Naḥmanide ; MaïmonideCopié par Yehoshuaʿ Heshel Shor
MS. Reggio 52n° 2307Ramhal : Shir la-ḥatunat Yitsḥaḳ ben Shabtai Marini, comm. de Rosh ha-Shanah, etc.Recueil entièrement luzzattien, Padoue ca. 1725
MS. Reggio 63n° 1081Por Nahem, étude Mitzvot ZemaniyotReggio coll. 1853

La collection Reggio compte une soixantaine de cotes au total. Seules 10 sont confirmées ici. Un dépouillement systématique du catalogue en ligne hebrew.bodleian.ox.ac.uk permettrait d'établir l'inventaire complet et de croiser chaque cote avec le Supplément Beit-Arié & May (1994).

4

Le Maḥzor d'Oran — pièce emblématique du canal Isaia

Source : catalogue en ligne hebrew.bodleian.ox.ac.uk ; projet Glasser/William & Mary College.

Acquis vers 1834 par Shadal puis vendu à la Bodleian en 1869 par Isaia Luzzatto, le Maḥzor d'Oran est la pièce documentée la plus emblématique du canal B. Il s'agit d'un ensemble compilé au XVIIe siècle à Oran (autour de la famille Cansino), achevé après l'expulsion de 1669 — donc un témoin direct de l'identité et de la liturgie de la communauté juive d'Oran à un moment-pivot de son histoire.

Cote Bodleian Volume Provenance
MS. Opp. Add. 4° 84Vol. IShadal (acq. ca. 1834) → Isaia → Bodleian 1869
MS. Opp. Add. 4° 85Vol. II (contient un long ensemble en judéo-arabe)idem
MS. Opp. Add. 4° 86Vol. IIIidem
MS. Opp. Add. 4° 87Vol. IVidem
MS. Opp. Add. 4° 88Vol. Videm

Le Mahzor d'Oran est traité plus en détail dans la rubrique « Groupe Luzzatto » (sections sur le contenu liturgique, paléographique et historique). Les cinq cotes sont consultables individuellement sur Digital Bodleian.

5

Bilan : 29 cotes identifiées sur 77

Le dépouillement combiné — Catalogue de Neubauer (deux volumes) + recherches au catalogue en ligne hebrew.bodleian.ox.ac.uk — permet d'établir le bilan suivant pour le Fonds Luzzatto à la Bodleian :

  • Canal A — Collection Reggio (1853) : 10 cotes Reggio identifiées (sur ~60), avec lien Luzzatto direct ou indirect (Ramhal, échanges Reggio↔Shadal).
  • Canal B — Vente Isaia Luzzatto (1869–1870) : 19 cotes Neubauer (vol. I) + les 5 cotes du Maḥzor d'Oran (déjà incluses dans les 19, n° Neubauer correspondants à vérifier).
  • Volume II Neubauer & Cowley (1906) : 0 cote — la période 1886-1906 n'a pas vu d'acquisition Luzzatto, le volume couvre principalement la Geniza du Caire.

Total des cotes formellement identifiées : 29. Pour atteindre les 77 du décompte du Groupe Oxford, il reste à explorer : (1) les ~50 autres cotes MS. Reggio non encore parcourues ; (2) d'autres pièces de la vente Isaia 1869 entrées dans MS. Opp. Add. 4° au-delà du Maḥzor d'Oran ; (3) d'éventuelles pièces dans MSS. Heb. ; (4) les Library Records internes de la Bodleian (registres d'acquisition de 1869–1870) — à demander auprès de César Merchan-Hamann ; (5) le Supplément Beit-Arié & May (1994), à consulter à la BnF Richelieu, à l'Alliance, ou en Italie.

Avancée concrète
Sur les 77 manuscrits comptés par le Groupe Oxford, 29 sont aujourd'hui identifiés par cote Bodleian précise. Ces 29 cotes peuvent dès maintenant être consultées sur Digital Bodleian, photographiées sur place, et étudiées une à une. Les deux volumes du Catalogue de Neubauer sont présentés et consultables dans la partie supérieure de cette rubrique Les manuscrits à Oxford.
6

Méthodologie pour la liste exhaustive

Cinq étapes pour reconstituer l'inventaire complet

  1. Tri systématique dans le Catalogue de Neubauer (1886) — 600 pages, accessible en libre téléchargement sur Internet Archive : archive.org/details/catalogueofthehebrewmanuscripts. Recherche plein texte sur les chaînes « Luzzatto », « S. D. Luzzatto », « from Luzzatto ». Estimation : 15-25 h de travail.
  2. Croisement avec le Supplement de Beit-Arié & May (1994) pour les corrections, ajouts et identifications postérieures.
  3. Vérification dans le catalogue dédié hebrew.bodleian.ox.ac.uk qui donne la fiche descriptive de chaque manuscrit avec sa provenance d'acquisition.
  4. Demande officielle aux Special Collections de la Bodleian qui conservent les Library Records — registres internes d'acquisition de 1869-1870 non numérisés. Contact : specialcollections.enquiries@bodleian.ox.ac.uk. Personne-clé : César Merchan-Hamann, Hebraica & Judaica Curator.
  5. Consultation sur place à la Weston Library d'Oxford par une délégation du Groupe Oxford, avec carte de lecteur Bodleian.
Document évolutif. Sera enrichi au fur et à mesure des avancées du Groupe Oxford. Dernière mise à jour : mai 2026.
L'objet · La famille

La lignée Aln'kaoua

Le groupe de travail consacré à la lignée Aln'kaoua / Al-Naqawa : reconstituer la chaîne familiale qui relie le Rab Ephraïm Aln'kaoua de Tlemcen (1359-1442) aux descendants contemporains, identifier les manuscrits qui leur sont attribués à la Bodleian Library d'Oxford, et croiser la mémoire orale familiale avec le travail philologique des sources publiques.

Mission

Cinq objectifs spécifiques

Le Groupe Al'Nkawa s'inscrit dans la mission générale du collectif, mais se concentre exclusivement sur la lignée Aln'kaoua de Tlemcen et ses ramifications.

  1. Reconstituer la généalogie de la lignée Aln'kaoua depuis le Rab Ephraïm (1359-1442), fondateur de la communauté juive de Tlemcen, jusqu'aux descendants contemporains.
  2. Identifier les manuscrits attribués à cette lignée à la Bodleian Library — confirmation des trois cotes connues (Opp. 146, Hunt. 559, Opp. 241) et recherche d'éventuels autres témoins dans les volumes Neubauer 1886 et 1906.
  3. Documenter les trajectoires historiques des manuscrits (Tolède → Maghreb → Hambourg ou Alep → Oxford) à partir de sources philologiques vérifiables.
  4. Croiser la mémoire familiale orale avec les sources publiques pour distinguer ce qui est attesté de ce qui relève de la tradition transmise.
  5. Diffuser la connaissance produite par le site dédié encaoua.org et le document de recherche de Frédéric Ankaoua (présenté plus bas).
Travaux du Groupe — 1

Le site encaoua.org

« Les Encaoua — Une Dynastie Spirituelle. Histoire d'une famille qui traversa l'Espagne médiévale, le Maghreb colonial et la diaspora contemporaine. »

Plateforme construite dans le cadre du Groupe Al'Nkawa pour rassembler en un même lieu la mémoire familiale, la recherche historique et les sources documentaires concernant la lignée Encaoua / Aln'kaoua. Le site articule un récit chronologique en 29 chapitres, un arbre généalogique numérique, des transcriptions de sources rabbiniques, et un espace participatif ouvert aux descendants.

Principales fonctionnalités

Récit en 29 chapitres
Du Chap. 1 (étymologie du nom Encaoua) au Chap. 29 (les Encaoua dans l'arbre généalogique), en passant par les figures fondatrices : Israël ben Yossef Al-Naqua (†1391), Ephraïm Al-Naqua le Rab de Tlemcen (1359-1442), Abraham Ankawa (1812-1890), Raphaël Encaoua (1848-1935), David Encaoua.
Arbre généalogique numérique
28 666 individus sur sept siècles, constitué par Bernard Bensaïd (Geneanet, mis à jour octobre 2024) et synchronisé avec MyHeritage. Visualisation interactive — glisser, zoomer, explorer toutes les branches.
Actes & archives numérisés
Acte de décès de Raphaël Encaoua (1935), acte de mariage des parents de David Encaoua (1941), références aux fonds ANOM Aix-en-Provence, AIU Paris, Archives municipales de Tlemcen, tribunal rabbinique de Salé, archives ottomanes d'Alger, archives marocaines, archives inquisitoriales de Lisbonne.
Transcriptions rabbiniques
Keren Hemer d'Abraham Ankawa (Livourne, 1869-1871, 2 vol.) : Takkanot de Castille, responsa de Rabbi Méir, listes des Sages, midrash. Liens explicites vers le ms. Qina le-Yom Tisha be-Av d'Avraham Encaoua (Bodléien Heb. d. 77).
Espace participatif
Annotations et commentaires page par page, contributions soumises à validation, transcription collaborative de manuscrits, signalement de corrections, espace membres avec inscription, newsletter.
Recherche multi-corpus
Moteur transversal : personnes, biographies, écrits, lectures, documents, articles, références bibliographiques (Beider 2017, blog David Encaoua sur Times of Israel, etc.).

Principaux apports

  • Premier corpus numérique cohérent sur la dynastie Encaoua / Aln'kaoua : 29 chapitres couvrant sept siècles, du Tolède pré-1391 jusqu'à la diaspora contemporaine.
  • Pont entre archives institutionnelles dispersées (ANOM, AIU, Tlemcen, Salé, Bodléienne) et mémoire familiale orale, croisées dans une même structure consultable.
  • Cartographie généalogique de 28 666 individus, base statistique unique pour reconstituer la diaspora Encaoua : Tlemcen, Oran, Maroc (Salé, Mellah), Israël, Turquie, France.
  • Documentation de figures-pivots jusque-là dispersées dans la littérature : Ephraïm Al-Naqua (fondateur de la communauté de Tlemcen), Abraham Ankawa (Dayan de Salé, créateur du Haut Tribunal Rabbinique), Raphaël Encaoua (Salé 1848-1935), David Encaoua (économiste contemporain).
  • Mise en regard explicite avec le Fonds Luzzatto : le site signale que les manuscrits familiaux ont été « confiés au rabbin Samuel David Luzzatto, à Padoue » — ce qui constitue le point d'articulation direct avec le travail du GMPL.
  • Plateforme évolutive nourrie en continu par les contributions des descendants et la consolidation des sources rabbiniques.

Visiter encaoua.org →

Travaux du Groupe — 2

Le document de Frédéric Ankaoua

« David Oppenheim, les manuscrits Al-Naqawa et leurs trajectoires possibles jusqu'à Oxford » — étude rédigée par Frédéric Ankaoua, qui établit pour la première fois de manière systématique le rapprochement entre la mémoire familiale et les notices bodléiennes des trois manuscrits attestés.

Trois cotes oxoniennes identifiées

Ms. Opp. 146 · Neubauer 1312
Menorat ha-Ma'or
Manuscrit séfarade daté de 1441, copié par « Moïse le ḥazzan » pour Joseph Hayyun. Foliotation 297-312 d'une autre main : volume qui a vécu, été réparé, transmis dans des milieux savants séfarades sur une longue durée.
Ms. Hunt. 559 · Neubauer 1258
Sha'ar Kevod ha-Shem
XVᵉ siècle, séfarade, fin manquante. Réponse aux critiques du Ramban contre le Guide des égarés. Acquis par Robert Huntington pendant son séjour à Alep (1671-1681) — collection cédée à la Bodleian en 1692/93.
Ms. Opp. 241 · Neubauer 939
Sha'ar Kevod ha-Shem
Exemplaire complet de 77 feuillets, écriture orientale, avec extraits aggadiques et halakhiques ajoutés au début. Témoin distinct de Hunt. 559 — pas un doublon, mais une seconde chaîne de transmission indépendante.

Trajectoires reconstituées

Hypothèses argumentées à partir des notices bodléiennes (KTIV, Neubauer) et de l'histoire des bibliothèques Oppenheim et Huntington.

Menorat ha-Ma'or (Opp. 146) — Castille / milieu post-tolédan → propriétaire séfarade identifié (Joseph Hayyun) → diaspora séfarade occidentale → marché d'Allemagne du Nord (axe Hanovre-Hambourg, où Oppenheim mit sa bibliothèque à l'abri de la censure pragoise) → bibliothèque Oppenheim → Bodleian (1829).
Sha'ar Kevod ha-Shem (Opp. 241)Maghreb ou Orient → bibliothèque rabbinique de travail → entrée chez Oppenheim par achat, don de patronage ou copie sur modèle ancien → Bodleian (1829). Le profil composite (extraits aggadiques et halakhiques ajoutés) suggère un manuscrit de travail intégré à un dossier savant.
Sha'ar Kevod ha-Shem (Hunt. 559) — Espagne (XVᵉ s.) → diaspora maghrébine → centres séfarades ottomans → Alep ou réseau levantin → acquisition par Robert Huntington pendant son séjour en Méditerranée orientale (1671-1681) → Bodleian (1692/93).

Ce qui est solide · Ce qui reste conjectural

Solide
  • Trois cotes oxoniennes attribuables à la lignée Al'Nkawa, formellement identifiées (Opp. 146, Hunt. 559, Opp. 241).
  • Datation philologique de Opp. 146 (1441) et Hunt. 559 (XVᵉ s. séfarade).
  • Correction chronologique : David Oppenheim (1664-1736) — biblio acquise par la Bodleian en 1829, non au tournant 1800.
  • Démonstration que les deux Sha'ar Kevod ha-Shem ne sont pas un doublon mais deux histoires de transmission distinctes.
À confirmer
  • Chaînes exactes des possesseurs entre Joseph Hayyun (1441) et Oppenheim pour Menorat.
  • Date précise de Opp. 241 (les notices publiques ne donnent pas de datation aussi ferme que pour Hunt. 559).
  • Lieu exact d'acquisition par Huntington (Alep ou autre escale levantine).
  • Examen autoptique nécessaire : pages de garde, marques de possession, ex-libris, colophons secondaires, annotations marginales.

Le passage de l'hypothèse à la preuve passera par un déplacement à Oxford pour examiner les manuscrits eux-mêmes et par le dépouillement des archives d'achat, de catalogage et de correspondance d'Oppenheim, de Nicoll et de Huntington.

Travaux du Groupe — 3

Le document de Yves Bentura

« Rapport d'étude du manuscrit Sha'ar Kevod Hashem du Rab de Tlemcen Ephraïm Al-Nakawah — Analyse de la transmission d'un manuscrit philosophique nord-africain (XIVᵉ–XXᵉ siècle) » — étude documentaire d'avril 2026, conduite avec un protocole strict de rigueur (sources distinguées, hypothèses signalées comme telles, lacunes explicitées).

L'auteur et l'œuvre

Rabbi Ephraïm ben Israël Al-Naqawa
Tolède 1359 — Tlemcen 1442
Rabbin, médecin et théologien séfarade. Fuit Tolède en 1391 (son père Israël ben Joseph, auteur du Menorat ha-Maor, périt sur le bûcher), passe par Marrakech et Honaïn, s'établit à Tlemcen. Selon la tradition, après avoir guéri la fille du sultan zianide Abu Tashfin, il obtint en 1393 l'autorisation pour les Juifs de résider intra-muros et d'y construire une synagogue. Sa tombe fait l'objet d'un pèlerinage annuel à Lag Ba'Omer.
Le Sha'ar Kevod Hashem
« Portique de la Gloire de Dieu »
Traité de philosophie juive médiévale rédigé pour son fils aîné Israël. S'inscrit dans la tradition maïmonidienne et répond aux critiques de Nahmanide contre le Guide des Égarés. Défense de la position de Maïmonide sur l'anthropomorphisme biblique : les expressions « Dieu a vu », « Dieu a entendu » n'ont d'autre but que de permettre aux hommes de concevoir les actions divines.

Quatre témoins manuscrits identifiés

Trois témoins établis dans les grandes collections publiques + un quatrième hypothétique (« manuscrit de Shadal »).

Témoin 1 · Bodleian
MS Huntington 559
Neubauer 1258. Collecté par Robert Huntington au Proche-Orient avant 1701. Entré à Oxford en 1693. Trop ancien pour avoir transité par Shadal.
Témoin 2 · Bodleian
MS Oppenheimer 241
Neubauer 939. Collection Oppenheimer (Prague → Hambourg). Acquis par la Bodleian en 1829 pour 2 000 £. Antérieur à la période active des correspondances de Shadal avec le Maghreb.
Témoin 3 · JTSA New York
MS JTSA 969
Écriture cursive. Vraisemblablement le témoin utilisé par Hayim Bliah pour préparer l'édition de Tunis 1902. Provenance à préciser via le catalogue Marx (référencé par Moses Lutzki).
Témoin 4 · Hypothèse Bentura
Manuscrit dit « de Shadal »
Non localisé. Hypothèse argumentée mais non prouvée. À chercher dans les institutions où la collection Shadal a été dispersée après 1865 : Fondo Luzzatto (BNEI Rome), AIU Paris, Columbia (acquisition Salo Baron 1933-34), Bodleian (MSS Opp. Adds., vente 1869-70).

L'édition princeps : Tunis 1902

Aucune édition imprimée antérieure à 1902 n'est attestée. Bentura clarifie au passage la confusion fréquente avec le Zevahim Shelamim publié par A. Enkaoua à Livourne en 1858.

L'édition princeps est due au rabbin Hayim Bliah (Tlemcen 1832 — 1919), dayan de Tlemcen, sous l'impulsion de Shalom Bekache (1848-1927), figure de la Haskalah maghrébine. Bliah l'enrichit d'une introduction et d'un commentaire intitulés Petah ha-Sha'ar (« L'Ouverture de la porte »).

Le mécanisme exact de l'obtention du manuscrit, restitué par la réédition jérusalémite de 1986 :

« Rabbi Hayim Bliah envoya ses chers disciples R. Abraham ben Samon et R. Samuel Tsoultan consulter le grand chercheur Rabbi Shlomo Buber, qui connaissait les trésors de nombreuses bibliothèques dans le monde, pour qu'il leur indique si un manuscrit du Sha'ar Kevod Hashem du Rav al-Naqawa existait. La réponse fut que le Sha'ar Kevod Hashem se trouvait à la bibliothèque de la ville d'Oxford. Rabbi Hayim Bliah envoya [des gens] au responsable des livres là-bas, et il en fit faire une copie photographique, car il n'était pas possible de la copier à la main. »

L'intermédiaire est donc Shlomo Buber (Salomon Buber, 1827-1906, grand bibliographe hébraïque de Galicie, grand-père du philosophe Martin Buber).

Trajectoire reconstituée
Bodleian (MS Hunt. 559 ou Opp. 241) → Shlomo Buber (~1900) → copie photographique → Hayim Bliahédition Tunis 1902

Argument logique de Bentura : si Bliah avait su qu'un exemplaire existait à Padoue chez Shadal — collection de notoriété publique dans le monde érudit — l'édition de 1902 n'aurait pas eu besoin de passer par Buber. C'est un indice que le manuscrit « de Shadal » (s'il existe) n'était plus repérable en 1900 dans les circuits savants standards.

Abraham ben Mordecai Enkaoua (1810–1890/91)
figure transimpériale, intermédiaire possible

Né à Salé, son père Mordecai était président de la communauté. Dayyan à Salé, puis collecteur infatigable des décisions et manuscrits inédits des rabbins castillans et nord-africains au cours de ses voyages au Maghreb. Selon Jessica Marglin (Academia.edu, 2015) — référence académique la plus rigoureuse à ce jour — Ankawa est une figure transimpériale dont les réseaux s'étendent du Maroc à l'Algérie, à Jérusalem, à Livourne et à la France.

  • Vers 1838 — premier voyage à Livourne (impression du Zekhor le-Avraham).
  • Séjour de trois ans à Tlemcen — y fonde une académie talmudique.
  • Vers 1850 — incident grave au Maroc, fuite vers l'Algérie.
  • 1858 — second voyage à Livourne (impression du Zevahim Shelamim, commentaire de Maïmonide sur les lois de la shehita — à ne pas confondre avec une édition du Sha'ar Kevod Hashem qui n'existe pas avant 1902).
  • 1869–1871 — publication à Livourne du Kerem Hemed (2 vol.), dont le Sefer ha-Takkanot (statuts des communautés castillanes de Fès depuis 1492).

Hypothèse à investiguer : Ankawa a pu servir d'intermédiaire pour la transmission de manuscrits maghrébins (dont le Sha'ar Kevod Hashem) vers les milieux savants italiens (Shadal, Almanzi à Padoue). Aucune source consultée n'atteste explicitement cette transmission, mais la fenêtre temporelle, la géographie et les intérêts d'Ankawa rendent l'hypothèse plausible. Vérification en cours dans les Igrot Shadal, vol. 8-9 (Kraków 1893-1894), lettres ~284-299.

Plan de vérification · Lancement mai 2026

Trois pistes documentaires pour établir ou réfuter la transmission Ankawa → Padoue

État de la question : Jessica Marglin (USC, 2015, Mediterranean Modernity through Jewish Eyes: The Transimperial Life of Abraham Ankawa) documente abondamment le nœud italien d'Ankawa — mais uniquement à Livourne (via le rabbin-imprimeur Elijah Benamozegh). Aucune mention de Padoue, Shadal, Almanzi ou Reggio dans Marglin. Soit le lien Ankawa-Padoue existe et n'a pas été repéré, soit il passe par une chaîne indirecte (Livourne → Padoue, transport intra-italien intense au XIXe).

1
Igrot Shadal, vol. 8-9 (Kraków, Y. Fisher, 1893-1894)
à consulter

Cible précise : lettres ~284-299 — fenêtre temporelle 1860-1865 (correspondance maghrébine tardive de Shadal). Édition complète : 9 vols, ~700 lettres. Vols 1-5 publiés à Przemyśl 1882 par Eisig Graber (préface David Kaufmann) ; vols 6-9 publiés à Kraków par Y. Fisher.

Accès : notice WorldCat OCLC 19178852. Aucun PDF gratuit identifié à ce jour pour vol. 8-9. Pistes : (a) consultation à la BnF, JNUL Jérusalem ou Bibliothèque Bodleian ; (b) demande de scan à la Magnes Collection (Berkeley), qui détient 650 lettres autographes de Shadal et peut compléter l'édition imprimée.

2
Kerem Hemer (Livourne, Belforte, 1869-1871)
PDF disponible

Œuvre majeure d'Abraham Ankawa en deux volumes. Titre complet : Kerem hemer: Takanot hakhmei Kastilyah ve-Tulitulah. Vol. 1 : responsa selon les 4 parties du Shulhan Arukh, première publication de teshuvot de rabbins marocains. Vol. 2 : Sefer ha-Takkanot (statuts des communautés castillanes de Fès depuis 1492) + Et Sofer (documents juridiques).

Accès : Vol. 2 numérisé en libre accès sur HebrewBooks.org : hebrewbooks.org/1019. À dépouiller : les haskamot (approbations rabbiniques) en tête de chaque volume — Ankawa y cite ses correspondants italiens. Toute mention de rabbin padouan, de Shadal ou d'Almanzi serait décisive.

3
Archives consistoriales — réseau Ankawa
démarches à engager

La période active d'Ankawa (1830-1890) précède la création de l'AIU au Maroc. Les archives consistoriales stricto sensu n'existent qu'en France (Consistoire Central, Paris) et en Algérie. Marglin a exploité avec succès les Archives du Consistoire Central (Paris) — correspondance d'Ankawa avec Paris autour de sa nomination de rabbin indigène à Mascara en 1859.

  • Consistoire Central (Paris) — pour la correspondance Ankawa-Paris (Marglin notes 22, 42, 62). archives-juives.org
  • AIU Paris — délégation Maroc (1933-1956) : trop tardif pour Ankawa lui-même, mais utile pour le réseau Raphaël Encaoua (fils, président du Beit Din de Salé). aiu.org/.../archives-déléGation-maroc
  • Central Archives for the History of the Jewish People (CAHJP), Université Hébraïque de Jérusalem — registres de communautés marocaines.
  • Jessica Marglin (USC) directement — pour pistes inédites issues de ses recherches en archives privées (collection Éliane Enkcaoua citée).
État d'avancement à mettre à jour à chaque retour de piste. Personne référente côté GMPL : Groupe Al'Nkawa (coordination Fred Ephraïm Enkaoua).

Faits établis · Hypothèses · Questions ouvertes

Faits documentés
  • 3 témoins manuscrits formellement attestés (Hunt. 559, Opp. 241, JTSA 969).
  • Édition princeps : Bliah, Tunis 1902, avec Petah ha-Sha'ar.
  • Filière Bodleian → Buber → Bliah documentée par la réédition de 1986.
  • Ni Hunt. 559 ni Opp. 241 ne peuvent chronologiquement avoir appartenu à Shadal.
Hypothèses plausibles
  • Existence d'un 4ᵉ témoin (manuscrit « de Shadal »), à localiser.
  • Contact Ankawa ↔ Shadal/Almanzi à Livourne ou Padoue.
  • Ankawa intermédiaire possible pour la transmission Maghreb → Italie.
Questions ouvertes prioritaires
  • Cote exacte du MS Bodleian utilisé par Bliah en 1902 (Hunt. 559 ou Opp. 241).
  • Contenu de la préface 1902 : Shadal/Almanzi y sont-ils cités ?
  • Localisation actuelle du manuscrit de Shadal.
  • Igrot Shadal vol. 8-9 : correspondance avec Ankawa ?
  • Polonsky Hebrew Digitisation : le SKH figure-t-il parmi les 332 MSS Almanzi du British Museum ?

Comme pour le document de Frédéric Ankaoua, la suite passe par les bibliothèques elles-mêmes : préfaces des éditions originales, archives administratives (CHAN F/19/111152/6, Consistoire ICC 40 Oran), Magnes Collection à Berkeley (650 lettres autographes de Shadal), Fondo Luzzatto (BNEI Rome).

Travaux du Groupe — 4

La rencontre Saba / Aln'kaoua à Tlemcen

Abraham Saba (1440-1508), kabbaliste castillan rescapé du Portugal, a-t-il croisé la lignée Aln'kaoua ? Non en Castille — mais presque certainement à Tlemcen, dans la dernière décennie de sa vie. Une convergence de trois lignées séfarades persécutées en un même point géographique.

1 · La chronologie ne se croise pas en Castille

Abraham ben Jacob Saba (1440-1508), selon la monographie de référence d'Abraham Gross Iberian Jewry from Twilight to Dawn: The World of Rabbi Abraham Saba (Brill, 1995), est né à Zamora, en Castille, où il a été prédicateur et disciple de Rabbi Isaac de Leon avant l'expulsion de 1492.

Les Aln'kaoua de Castille avaient quitté la péninsule un demi-siècle avant la naissance de Saba. Le tournant est le pogrom de Tolède du 5 août 1391 : Israël ben Joseph Aln'kaoua y est tué sur le bûcher avec le Grand Rabbin Juda ben Asher. Son fils Ephraïm s'enfuit la même année à Tlemcen, où il meurt en 1442.

« In the fifteenth century the Alnaquas settled in northern Africa, where they became the leaders of the communities. »

— Jewish Encyclopedia (1906), article « Alnaqua »

Dès la génération antérieure à Saba, la lignée Aln'kaoua avait basculé tout entière vers le Maghreb. Quand Saba prêchait à Zamora dans les années 1470-1490, il n'y avait plus, à proprement parler, d'Aln'kaoua « de Castille » à rencontrer — la famille était à Tlemcen, Oran, Mostaganem.

2 · Mais en Afrique du Nord, la rencontre est presque certaine

Le parcours de Saba après l'évasion de Lisbonne (été 1498) le mène d'abord à Fès, puis — et c'est documenté par l'un de ses propres écrits — à Tlemcen, où il rédige son Perush Eser Sefirot (Commentaire sur les Dix Sefirot), traité kabbalistique resté manuscrit.

Or à Tlemcen, dans les années 1500, l'autorité rabbinique et communautaire repose précisément sur la dynastie Aln'kaoua, troisième ou quatrième génération depuis Ephraïm (m. 1442) :

  • Les fils d'Ephraïm, Israël et Juda Aln'kaoua. Juda résidait à Oran, Mostaganem, puis Tlemcen ; il devint beau-père du fils de Salomon ben Simon Duran (le Rashbash, 1400-1467) — créant ainsi le mariage politico-rabbinique central de la Tlemcen post-1391 : Aln'kaoua + Duran.
  • Leurs descendants directs, qui occupaient les chaires rabbiniques et géraient la grande synagogue Aln'kaoua (toujours debout à Tlemcen au XIXe siècle, avec la tombe du fondateur dans le vieux cimetière, lieu de pèlerinage juif algérien jusqu'à l'époque contemporaine).

3 · Trois convergences qui rendent la rencontre inévitable

Convergence 1
Géographique
Tlemcen est, à l'époque, une petite communauté juive très soudée. Un kabbaliste castillan de la stature de Saba ne pouvait y séjourner sans être reçu à la table du chef rabbinique local.
Convergence 2
Intellectuelle
Saba est kabbaliste et exégète. Les deux grandes œuvres Aln'kaoua relèvent exactement de ces veines : le Sha'ar Kevod Adonai d'Ephraïm (philosophie-kabbale, défense de Maïmonide contre Nahmanide) et la Menorat ha-Ma'or d'Israël (œuvre éthique-aggadique majeure du XIVe siècle séfarade). Un kabbaliste castillan exilé ne pouvait ignorer cet héritage chez ses hôtes.
Convergence 3
Par réseau d'alliances
Saba avait probablement croisé à Fès des membres de la famille Duran (réfugiés de Majorque depuis 1391, autorité sur tout le Maghreb juif). Or les Duran étaient apparentés aux Aln'kaoua par mariage. Le « petit monde » des grandes familles rabbiniques séfarades post-1391 fonctionnait comme un réseau d'alliances matrimoniales serré.

4 · Précisions textuelles importantes

Précision 1 — Le sort des livres de Saba

Les œuvres de Saba ne furent pas « brûlées » au sens strict. Triple sort : (a) sa grande bibliothèque personnelle fut pillée à Porto en 1497 lors du décret de conversion forcée ; (b) ses manuscrits autographes — six œuvres en cours — furent enterrés sous un olivier près de Lisbonne (l'« arbre des larmes »), puis perdus quand il fut arrêté en tentant de les exhumer ; (c) il réécrivit de mémoire à Fès le Tzeror ha-Mor (édité à Venise par Daniel Bomberg en 1522) et l'Eshkol ha-Kofer. Les exemplaires brûlés au sens propre — sur ordre de Manuel Ier — concernent l'ensemble du patrimoine livresque juif portugais après le décret de 1496, pas spécifiquement la bibliothèque de Saba.

Précision 2 — La fin de Saba

Saba mourut en 1508 (le 9 tichri 5269) sur un bateau entre Adrianople (Edirne) et l'Italie ; il est enterré au cimetière juif de Vérone. Ses derniers déplacements le mènent donc de Tlemcen vers l'Empire ottoman, en passant par l'Italie.

Précision 3 — La descendance halakhique

Saba fut le beau-père de Joseph Karo (1488-1575, auteur du Choulhan Aroukh) par le premier mariage de celui-ci avec la fille d'Isaac Saba — un fils ou un frère cadet d'Abraham. La lignée Saba s'est donc inscrite dans la généalogie halakhique la plus prestigieuse de la diaspora séfarade ottomane.

5 · Implication pour le récit GMPL

Tlemcen, matrice de trois lignées séfarades persécutées

Une seule petite ville algérienne, Tlemcen, est à la fois :

  • (a) le refuge fondateur d'Ephraïm Aln'kaoua en 1391, qui y crée la communauté ;
  • (b) l'origine probable du manuscrit Sha'ar Kevod Elohim aujourd'hui conservé en MS. Opp. 241 à la Bodleian, copié et diffusé dans le sillage de l'édition d'Abraham Bliah (1902, Grand Rabbin de Tlemcen) ;
  • (c) le lieu où Abraham Saba, rescapé de Castille puis du Portugal, écrit son traité kabbalistique sur les Sefirot dans la dernière décennie de sa vie.

Trois lignées séfarades persécutées — Aln'kaoua après 1391, Saba après 1492-1497, Duran après 1391 — convergent en un même point géographique, formant la matrice intellectuelle dont sortiront, plusieurs générations plus tard, les manuscrits que la Bodleian conserve aujourd'hui sous Hunt. 161, Hunt. 559 et Opp. 241.

Oxford · Étude du canal Oppenheim (1829)

Collection Oppenheim

Rubrique consacrée à David ben Abraham Oppenheim (Worms 1664 — Prague 1736), Grand Rabbin de Prague, dont la bibliothèque — la plus grande collection hébraïque privée de l'histoire (~780 manuscrits + ~4 220 imprimés) — est entrée à la Bodleian en 1829, quarante ans avant la vente Isaia Luzzatto. C'est dans cette collection que se trouvent deux des trois témoins oxoniens de la lignée Al-Naqawa étudiés par le Groupe Al'Nkawa : le Menorat ha-Ma'or (Opp. 146, 1441) et le Sha'ar Kevod ha-Shem (Opp. 241).

Travail du Groupe — 1 · La grande bibliothèque ashkénaze

Taxonomie de la collection Oppenheim

Ce n'est ni un bibliophile padouan (Almanzi) ni un maskil italien (Reggio) : Oppenheim est un halakhiste-collecteur ashkénaze, dont la bibliothèque, mise à l'abri à Hanovre puis Hambourg pour échapper à la censure jésuite de Prague, sera acquise en bloc par la Bodleian en 1829. Six angles d'analyse — en miroir des taxonomies Almanzi et Reggio (rubrique Au-delà d'Oxford).

A Le contexte de l'acquisition (1829)

Quatre-vingt-treize ans après la mort d'Oppenheim, et après plusieurs tentatives de vente, sa bibliothèque enfin acquise par la Bodleian en 1829 pour 2 000 £ (≈ 9 000 thalers) — bien en dessous de l'estimation. Acquisition décisive pour la Bodleian : c'est la plus grande collection privée hébraïque jamais entrée à Oxford, vingt-quatre ans avant la collection Reggio (1853) et quarante ans avant la vente Isaia Luzzatto (1869).

I
Le volume
~ 780 manuscrits + ~ 4 220 imprimés
~ 5 000 unités
Hébreu, yiddish, araméen. Couvre tout le champ rabbinique et populaire. Sans équivalent dans aucune autre collection privée juive avant ou depuis. Cotes Bodleian : Opp. et Opp. Add.
II
La transaction
1829 · 2 000 £ (~ 9 000 thalers)
93 ans post-mortem
Rôle déterminant d'Alexander Nicoll côté Bodleian (mort un an avant la conclusion). Vente après plusieurs catalogues d'invendus, à un prix bien inférieur à l'estimation initiale.
III
Le trajet géographique
Hanovre → Hambourg → Oxford
jamais à Prague
Oppenheim devient chef-rabbin de Prague en 1703 mais ne transporte pas sa bibliothèque dans la ville : pour échapper à la censure catholique et jésuite, il la place chez son beau-père Leffmann Behrens à Hanovre. La biblio transite ensuite par Hambourg avant Oxford.
IV
L'antériorité
— 24 ans avant Reggio · — 40 ans avant Isaia
Bodleian, 1829
Première grande acquisition privée hébraïque de la Bodleian. Établit l'institution comme destination naturelle des grandes collections : Reggio (1853) et Isaia Luzzatto (1869-70) suivent.
Filière : Worms 1664 → Prague (chef-rabbin 1703) → Hanovre / Hambourg (mise à l'abri) → vente Bodleian 1829 · cotes Opp. et Opp. Add. intactes
B Les méthodes d'acquisition d'Oppenheim

Là où Almanzi achète, où Reggio collecte pour étudier, Oppenheim utilise son pouvoir rabbinique et financier pour rassembler. Son mariage en 1682 avec la fille du puissant financier de cour Leffmann Behrens lui donne les moyens de collectionner à grande échelle. À mesure qu'il monte en autorité, les livres lui sont aussi offerts comme cadeaux de patronage. Huit canaux d'acquisition documentés — un cas unique d'écosystème de collecte. Ces huit canaux sont mobilisés plus bas pour reconstituer l'entrée des manuscrits Al-Naqawa chez Oppenheim.

Achats personnels
~ 460 dès 1688
Le premier catalogue d'Oppenheim, dressé entre 1681 et 1688, enregistre déjà environ 460 ouvrages, chacun avec prix, provenance et anciens possesseurs — outil bibliographique avant l'heure.
Dons de patronage
cadeaux politiques
À mesure que son prestige rabbinique augmente, les livres lui sont offerts dans l'espoir d'obtenir appui politique, halakhique ou financier. Vecteur majeur d'enrichissement de la collection après 1703.
Rachats de bibliothèques
veuves de savants
Acquisitions massives de bibliothèques entières, notamment auprès des veuves de rabbins et lettrés. Permet d'incorporer d'un coup des fonds cohérents.
Copies sur commande
scribes professionnels
Fait recopier des manuscrits introuvables. Crée un réseau de scribes — dont Sanwil Sofer, partenaire de sa fameuse trouvaille de Worms.
Sauvetages de geniza
la trouvaille de Worms
Avec Sanwil Sofer, Oppenheim récupère dans un grenier de synagogue de Worms (servant de geniza) un amas de manuscrits anciens, dont un commentaire unique du Rashbam. Méthode rare : sauvetage de dépôts oubliés.
Acquisitions à Jérusalem
via philanthropie
Son activité philanthropique en faveur des communautés de Terre Sainte ouvre un canal d'acquisition de manuscrits en provenance directe de Jérusalem. Manuscrits orientaux et yéménites.
Réseau imprimeurs chrétiens
imprimés rares
Oppenheim entretient des relations avec des imprimeurs chrétiens (Amsterdam, Francfort, Bâle), ce qui lui donne accès aux premières éditions et à des imprimés introuvables ailleurs. Source des 4 220 imprimés.
Échanges avec rabbins
réseau ashkénaze
Correspondance et échanges avec les principaux décisionnaires ashkénazes d'Allemagne, Bohême, Moravie, Pologne. Reçoit copies de responsa et de pièces inédites en signe de respect ou en échange de conseils halakhiques.
C Par contenu & discipline

Différence structurelle avec les bibliothèques padouanes (Almanzi, Reggio) : la collection Oppenheim est massivement halakhique (responsa, codes, coutumiers) et possède une concentration unique au monde de littérature en yiddish ancien — domaine où elle reste la source de référence pour les études contemporaines. La présence séfarade et maghrébine, bien que minoritaire, est notable.

Halakha & Responsa
cœur de la collection
Codes (Maïmonide, Tour, Shulhan Arukh, Mapa de Rema), responsa de tous les grands décisionnaires ashkénazes et sépharades, livres de coutumes locales (Minhagim) — reflet direct du métier d'Oppenheim.
Littérature yiddish
concentration unique
La plus grande collection au monde de textes en yiddish ancien : éthique, traductions bibliques, contes, drames, chroniques. Source incontournable pour l'étude de la culture juive vernaculaire d'Europe centrale aux XVIe-XVIIIe s.
Bible & Exégèse
complet
Pentateuque avec tous les commentateurs (Rashi, Ibn Ezra, Radak, Ramban, Hizkuni, Sforno), Mégillot, Prophètes, Hagiographes. Manuscrits rares de commentateurs mineurs.
Kabbale & Mystique
solide
Zohar et littérature zoharique, Lourianisme (Sefer ha-Etz Hayim, Sha'ar ha-Kavanot), Sefer Yetzirah avec commentaires, Sefer ha-Bahir. Manuscrits liés à la kabbale safédite et à ses prolongements polonais.
Philosophie
moderne en volume
Moreh Nevoukhim, Kuzari, et leurs commentaires. MS Opp. 241 : Sha'ar Kevod ha-Shem d'Ephraïm al-Naqawa (défense maïmonidienne contre Nahmanide) — un témoin clé pour le GMPL.
Liturgie & Rite
tous les rites
Mahzorim ashkénaze, italien, sépharade, polonais. Sidourim, Selichot, Hagadot, Tikkunim. Particulièrement riche en pièces ashkénazes médiévales.
Histoire & Chroniques
spécificité
Memorbücher des communautés rhénanes, chroniques de pogroms, généalogies rabbiniques, mémoires familiales — sources primaires irremplaçables pour l'histoire des Juifs d'Allemagne.
Imprimés rares & incunables
~ 4 220 imprimés
Premières éditions Soncino, Bomberg, Constantinople, Salonique, Venise. Incunables hébreux d'avant 1500. Le plus grand corpus imprimé jamais réuni par un collectionneur juif privé.
D Par provenance géographique des pièces

L'antithèse des collections padouanes : ici, l'Ashkenaz domine sans partage. Mais à la différence des bibliothèques rabbiniques courantes, Oppenheim a su capter aussi des pièces sépharades, maghrébines et orientales par son réseau de patronage. C'est ce trait qui fait entrer chez lui les manuscrits Al-Naqawa — improbables dans une bibliothèque exclusivement ashkénaze.

Ashkenaz central
dominante
Prague, Worms, Hambourg, Francfort, Vienne, Mayence. Cœur du fonds. Halakha, liturgie, yiddish, mémoires communautaires. Reflet de son réseau rabbinique direct.
Pologne lithuanienne
corpus important
Cracovie, Lublin, Brest, Vilna. Responsa des grands décisionnaires polonais (Rema, Maharshal, Bach), kabbale post-safédite, premières publications hassidiques tardives.
Italie
par correspondance
Pièces acquises via le réseau d'imprimeurs et de libraires italiens (Venise, Mantoue, Livourne). Premières éditions Bomberg et Soncino. Antérieur d'un siècle aux collections Reggio et Almanzi.
Eretz Yisrael
canal Jérusalem
Manuscrits collectés à Jérusalem via son activité philanthropique en Terre Sainte. Pièces orientales, parfois sépharades, qui n'auraient pu rejoindre l'Allemagne par d'autres canaux.
Sépharade & ibérique
par diaspora
Pièces issues des diasporas séfarades occidentales (Amsterdam, Hambourg) et orientales. Contient le MS Opp. 146 Menorat ha-Ma'or séfarade daté 1441 (copié pour Joseph Hayyun) — clé GMPL.
Maghreb
canal indirect
Présence minoritaire mais réelle, via Jérusalem ou Hambourg. Contient le MS Opp. 241 Sha'ar Kevod ha-Shem d'Ephraïm al-Naqawa de Tlemcen — second jalon Al-Naqawa de la collection Oppenheim.
Yémen & Orient
via Jérusalem
Manuscrits yéménites, judéo-arabes, judéo-persans. Acquis par le canal de Terre Sainte. Profil rare pour une bibliothèque ashkénaze.
Articulation avec le Fonds Luzzatto et la lignée Al-Naqawa

Trois points de jonction Oppenheim ↔ GMPL

1 · Les manuscrits Al-Naqawa
Deux des trois témoins oxoniens Al-Naqawa identifiés par le Groupe Al'Nkawa proviennent directement de la collection Oppenheim : Menorat ha-Ma'or (Opp. 146, 1441) et Sha'ar Kevod ha-Shem (Opp. 241). Voir le rapport de Frédéric Ankaoua.
2 · Le précurseur structurel
L'acquisition de 1829 ouvre la voie : 40 ans avant Isaia Luzzatto, la Bodleian s'établit comme institution réceptrice des grandes bibliothèques juives privées. Sans Oppenheim, le canal Padoue → Oxford de 1869 aurait été beaucoup moins évident.
3 · L'axe Hanovre-Hambourg
La biblio Oppenheim transite par Hanovre puis Hambourg — même corridor géographique que les pièces sépharades occidentales qui ont alimenté tant le Fonds Luzzatto que les collections italiennes. Carrefour transimpérial du livre juif au XVIIIe-XIXe s.
F Oppenheim auteur : ses propres écrits et autographes

Une précision souvent demandée : oui, il s'agit bien de David ben Abraham Oppenheim (Oppenheimer), 1664-1736, Grand Rabbin de Prague, dont la collection a donné son nom à la cote MSS. Opp. de la Bodleian — et, par extension, à la cote MSS. Opp. Add. sous laquelle le fonds Luzzatto a été reversé en 1869-1870. La question « a-t-il écrit sur ses manuscrits ? » se dédouble : (1) a-t-il écrit au sujet de ses manuscrits ? (2) a-t-il écrit lui-même des manuscrits qui se trouvent dans sa collection ?

1 · Écrits sur ses manuscrits
Catalogue personnel · MS. Opp. 699
Oppenheim a tenu un catalogue manuscrit personnel dès les années 1680 — conservé aujourd'hui sous la cote MS. Opp. 699 — qui permet de retracer provenance, achat, prêt et circulation de ses livres. C'est l'outil que les chercheurs utilisent encore pour reconstituer le « social life » de la bibliothèque. À cela s'ajoutent plus de 70 haskamot (approbations) et des listes de desiderata qu'il diffusait à ses correspondants.
2 · Manuscrits autographes
Responsa · lettres · cours
Oppenheim a aussi rédigé des manuscrits qui font partie de sa propre collection. Charles Duschinsky a publié dès 1929-1930 dans la Jewish Quarterly Review l'article « Rabbi David Oppenheimer: Glimpses of His Life and Activity, Derived from His Manuscripts in the Bodleian Library » — fondé précisément sur ces autographes : responsa, lettres à ses élèves, comptes rendus de cours à sa yeshiva, parfois rédigés en voyage.
Exemple cité — MS Opp. 430
fol. 89a
Oppenheim y décrit lui-même son emploi du temps quotidien : « de minuit à midi je suis occupé à enseigner aux élèves de ma yeshiva… ». Témoignage de première main sur la pratique d'un grand rabbin ashkénaze. Sefaria recense plus de 20 ouvrages de sa plume : commentaires sur la Torah et le Talmud, responsa, théologie.
Nuance — Teplitsky 2019
Presque rien publié de son vivant
Joshua Teplitsky le souligne dans Prince of the Press : malgré l'ampleur de ses écrits personnels, Oppenheim n'a presque rien publié de son vivant. Son héritage intellectuel passe donc essentiellement par sa collection et par ses autographes restés à Oxford, et non par une œuvre imprimée — raison pour laquelle sa figure est aussi indissociable du fonds qui porte son nom.
À noter pour le projet GMPL

Les ~500 manuscrits Luzzatto cotés Dep. Luzzatto puis MSS. Opp. Add. 4° à la Bodleian sont arrivés bien après la mort d'Oppenheim (1869-1870 vs 1736), et ont été administrativement rattachés à la série Oppenheim. Ils ne contiennent pas d'annotations d'Oppenheim lui-même, sauf coïncidence rare où un manuscrit aurait transité par les deux collections. Pour creuser cette question précise des chevauchements éventuels Oppenheim ↔ Luzzatto, c'est le Supplement de Beit-Arié & May (1994) qui sera le plus précis.

G MS. Opp. 699 et la trace des Aln'kaoua chez Oppenheim

Approfondissement sur le catalogue personnel autographe d'Oppenheim — et sur ce que sa lecture pourrait révéler pour la cartographie des manuscrits Al-Naqawa à Oxford. Découverte décisive : Neubauer 939 = MS. Opp. 241 appartient à la collection Oppenheim originale (1829), pas au fonds Luzzatto (1869). Conséquence : ce manuscrit Al-Naqawa devait figurer dès avant 1736 dans le catalogue personnel MS. Opp. 699.

1 · Le catalogue personnel manuscrit MS. Opp. 699

Un codex catalog que David Oppenheim a tenu de sa main à partir des années 1680, qu'il emportait dans ses voyages comme une « bibliothèque virtuelle de poche » — outil bibliographique sans équivalent à l'époque, et source primaire la plus précieuse pour reconstituer le fonctionnement réel de sa bibliothèque.

Identification
Codex autographe
Codex manuscrit (« handwritten codex catalog ») tenu par Oppenheim lui-même dès les années 1680, conservé à la Bodleian sous la cote MS. Opp. 699. Pièce de la collection Oppenheim originale (acquise en 1829) — pas un Opp. Adds., donc sans rapport avec le canal Luzzatto.
Nature et fonction
Bibliothèque virtuelle de poche
Joshua Teplitsky (Stony Brook, auteur de Prince of the Press, Yale UP 2019) décrit le manuscrit comme un « codex catalog » qu'Oppenheim emportait physiquement dans ses voyages. Il lui permettait, où qu'il se trouve, de savoir ce qu'il possédait, ce qu'il avait prêté, à qui, et pour combien il l'avait acheté. Une recension dans Moment Magazine parle d'une analogie frappante avec l'accès distant moderne aux bibliothèques numériques.
Type d'information consignée
Cas d'école : fol. 81v
Sur le blog Footprints (Columbia), Teplitsky reconstitue à partir du seul fol. 81v la trajectoire complète d'un livre : Sefer Mateh Aharon (Francfort 1678, devenu MS. Opp. 4° 1344) — vendu par une veuve sans ressources, acheté par un jeune homme riche de Worms, stocké chez le beau-père d'Oppenheim à Hanovre (Court Jew du futur George Ier), prêté à un étudiant, rendu, puis intégré. Le catalogue note ainsi : provenance, prix, prêts, emprunteurs, dates de retour.
Importance documentaire
Source primaire n° 1
Source primaire la plus précieuse pour reconstituer non seulement le contenu mais le fonctionnement de la bibliothèque Oppenheim à l'apogée — bien avant les catalogues imprimés ultérieurs : Hanovre 1782, Kohelet David (Hambourg 1826), puis Steinschneider 1852-60 et Cowley 1929.

2 · Les manuscrits Aln'kaoua dans la collection Oppenheim

Les sources de référence (Neubauer 1886, Jewish Encyclopedia, etc.) attribuent à Ephraïm ben Israël Aln'kaoua de Tlemcen (1359-1442) son Sha'ar Kevod Adonai — réponse à Naḥmanide sur le Guide de Maïmonide. Deux copies manuscrites à la Bodleian :

Neubauer 939 · item 2
Sha'ar Kevod Adonai
Cote actuelle MS. Opp. 241 — collection Oppenheim originale (Bodleian, 1829).
Neubauer 1258 · item 2
Sha'ar Kevod Adonai
Cote actuelle MS. Hunt. 559collection Huntington (Bodleian, 1693). Concordance attestée par la table I « Old Collection » de la préface de Neubauer 1886 (p. xiii). Voir bloc H ci-dessous.
Découverte décisive — Judith Olszowy-Schlanger (EPHE, 2000)

Le manuscrit Neubauer 939 porte la cote actuelle MS. Opp. 241. Description du codex :

  • Écriture cursive séfarade, début du XVIe siècle, origine nord-africaine
  • fol. 1v-9v : extraits divers
  • fol. 10r-54v : Sefer Pe'a (texte unique, conservé nulle part ailleurs)
  • fol. 58r-78v : Sha'ar Kevod Elohim d'Ephraïm al-Naqawa

Le grand rabbin de Tlemcen Abraham Bliah avait publié en 1902 le petit traité maïmonidien d'Ephraïm al-Naqawa à partir de ce manuscrit.

3 · Implication critique pour le GMPL

Neubauer 939 (Aln'kaoua) appartient à Oppenheim, pas à Luzzatto

La documentation publique permet de conclure avec une quasi-certitude : le manuscrit Neubauer 939 (Sha'ar Kevod Hashem d'Ephraïm Aln'kaoua) appartient à la collection Oppenheim originale — sa cote actuelle MS. Opp. 241 le situe dans le fonds acquis par la Bodleian en 1829, non en 1869-70 par Isaia Luzzatto.

Conséquence A — MS. Opp. 699
Ce manuscrit Aln'kaoua devait déjà figurer dans le catalogue personnel d'Oppenheim, MS. Opp. 699 — puisque Opp. 241 était dans sa bibliothèque avant sa mort en 1736. Une consultation par le Groupe Oxford devrait permettre d'identifier la notice qu'Oppenheim lui-même a rédigée : prix d'achat, origine, rattachement nord-africain probable.
Conséquence B — Inventaire à corriger
L'inventaire de la section Manuscrits Aln'kaoua (issu de Nebot, Le Manuscrit sacré, p. 261-264) regroupe Neubauer 939 et 1258 sous une étiquette implicite « Luzzatto » — or aucun des deux n'est un manuscrit Luzzatto : Neubauer 939 = Opp. 241 (Oppenheim, 1829) et Neubauer 1258 = Hunt. 559 (Huntington, 1693). Voir bloc H ci-dessous pour la concordance attestée.
Conséquence C — Élargissement, pas amputation
Cela ne diminue en rien la valeur du projet — au contraire, cela élargit la cartographie : des manuscrits Aln'kaoua sont arrivés à Oxford par deux canaux distincts, celui d'Oppenheim (1829) et potentiellement celui de Luzzatto (1869). Reconstituer cette double trajectoire serait un apport scientifique propre du GMPL.

4 · Pistes pour le Groupe Oxford

Trois actions concrètes pour passer de la déduction documentaire à la consultation directe :

Action 1 — Bodleian
Accès à MS. Opp. 699
Demander à César Merchan-Hamann (Hebraica & Judaica Curator, Weston Library) un accès à MS. Opp. 699, spécifiquement pour les folios traitant des manuscrits Aln'kaoua. Demander également si le manuscrit est numérisé sur Digital Bodleian.
Action 2 — Spécialiste
Contacter Joshua Teplitsky
Contacter Joshua Teplitsky (Stony Brook → Yale depuis 2022). Il a passé des années sur MS. Opp. 699 et sait probablement immédiatement où Aln'kaoua y figure — il pourrait même en avoir une transcription partielle.
Action 3 — Bibliographie
Beit-Arié & May 1994
Vérifier dans le Supplément Beit-Arié & May (1994) la provenance exacte de Neubauer 939 et 1258. La note de provenance y est souvent plus précise que dans Neubauer 1886.
H Neubauer 1258 = MS. Huntington 559 (collection Huntington)

Seconde identification décisive : la copie Aln'kaoua Neubauer 1258 n'appartient ni à la collection Oppenheim, ni au fonds Luzzatto — elle entre à la Bodleian dès 1693 avec la collection Robert Huntington sous la cote MS. Hunt. 559. Les deux seuls manuscrits Aln'kaoua connus de la Bodleian arrivent donc par deux canaux distincts, tous deux antérieurs à Luzzatto.

1 · Source de la concordance

Concordance officielle imprimée dans le Catalogue Neubauer 1886, préface, p. xiii (table I, « Old Collection »), ligne :

140 . . . Hunt. 559 . . . . . . 1258

Lecture : ancien n° Uri 140 = cote Bodleian MS. Hunt. 559 = nouveau n° Neubauer 1258.

Table tirée du texte OCR du Catalogue Neubauer hébergé sur Internet Archive.

2 · Description du manuscrit (Digital Bodleian + Biblissima)

MS. Huntington 559 est intégralement décrit et numérisé sur Digital Bodleian dans le cadre du Polonsky Foundation Digitization Project (2012-2017). Métadonnées Biblissima :

Titre
Recueil composite
« Miscellany » — manuscrit composite réunissant plusieurs textes, dont le Sha'ar Kevod Adonai d'Ephraïm Aln'kaoua à l'item 2. Folios exacts à repérer par parcours du facsimilé.
Datation
1476-1500
Fin du XVe siècle. Antérieur au MS. Opp. 241 (début XVIe) — c'est donc le plus ancien des deux témoins oxoniens.
Lieu d'origine
Espagne (Castille ? Provence ? Saragosse ?)
Origine séfarade occidentale ; pour les fol. 305-314, Biblissima propose Espagne ou Provence. Différent du MS. Opp. 241 (nord-africain, début XVIe) — autre branche de transmission.
Écriture
Cursive séfarade
Même type d'écriture que Opp. 241 (cursive séfarade) — mais main, datation et origine géographique distinctes. Le rapprochement entre les deux témoins est textuel, pas matériel.
Provenance
Robert Huntington · Alep
Collection orientale de Robert Huntington (1636/7–1701), chaplain des marchands anglais à Alep. Acquise par la Bodleian en 1693 avec 645 autres manuscrits pour £ 752 10s.
Disponibilité
Digital Bodleian · haute résolution
Manuscrit consultable en ligne en haute résolution sur Digital Bodleian. Action concrète pour le Groupe Oxford : parcourir le facsimilé pour identifier précisément les folios du Sha'ar Kevod Adonai.

3 · Tableau récapitulatif des deux manuscrits Aln'kaoua identifiés à la Bodleian

Neubauer Cote actuelle Collection Acquisition Origine Datation
939, item 2 MS. Opp. 241 Oppenheim 1829 Afrique du Nord Début XVIe
1258, item 2 MS. Hunt. 559 Huntington 1693 Espagne (Provence ?) Fin XVe
4 · Implication critique pour le GMPL (mise à jour)

Les deux manuscrits Aln'kaoua de la Bodleian sont antérieurs à Luzzatto

Les deux seuls manuscrits Bodleian d'Aln'kaoua connus à ce jour — les copies du Sha'ar Kevod Adonai — sont arrivés à Oxford avant la vente Luzzatto de 1869-70 :

MS. Opp. 241
1829 avec la bibliothèque Oppenheim — 40 ans avant Luzzatto.
MS. Hunt. 559
1693 avec la collection Huntington — 176 ans avant Luzzatto.

Aucun des deux n'est un manuscrit Luzzatto. Le rattachement dans le bloc « Fonds Luzzatto à la Bodleian Library » de la section Manuscrits Aln'kaoua (sourcé de Nebot, p. 261-264) est documentairement faux. La mise en garde déjà présente sur le site pour MS Hunt. 268 — « la collection Huntington a été acquise par la Bodleian dès 1693, bien avant Luzzatto » — s'applique mot pour mot à MS Hunt. 559, et de façon analogue à MS Opp. 241.

5 · Reformulation à proposer pour le site

Plutôt qu'effacer la section Manuscrits Aln'kaoua, la renommer et la recadrer en « Les manuscrits Aln'kaoua conservés à la Bodleian Library — par trois canaux d'acquisition distincts », avec trois blocs :

Canal 1 — Huntington (1693)
MS. Hunt. 559 · Neubauer 1258
Sha'ar Kevod Adonai, recueil composite, Espagne fin XVe (Castille ? Provence ?). Entré à la Bodleian via la collection orientale de Robert Huntington, chaplain à Alep.
Canal 2 — Oppenheim (1829)
MS. Opp. 241 · Neubauer 939
Sha'ar Kevod Elohim + Sefer Pe'a, Afrique du Nord début XVIe. Entré à la Bodleian avec la bibliothèque du grand rabbin de Prague David Oppenheim.
Canal 3 — Luzzatto (1869-70) · ouvert
À rechercher
La question reste ouverte : la vente Isaia 1869-70 a-t-elle effectivement amené des manuscrits Aln'kaoua à Oxford ? Le Catalogue Joseph Luzzatto 1868 (étudié dans inventaire_luzzatto_1868.docx) ne mentionne aucun manuscrit Aln'kaoua identifié nommément.

Ce repositionnement transforme une erreur de provenance en une cartographie scientifique de l'arrivée d'Aln'kaoua à Oxford par plusieurs voies indépendantes — un récit plus riche pour le GMPL : ces textes sont arrivés en Europe par plusieurs canaux successifs sur près de deux siècles avant que le travail de Shadal ne s'y ajoute.

Sources pour passer à l'inventaire détaillé

⚠ Les chiffres clés (780 manuscrits, 4 220 imprimés, 2 000 £ en 1829, mise à l'abri à Hanovre) sont attestés par les sources bodléiennes et Teplitsky 2019. La répartition fine par discipline et géographie est extrapolée du profil rabbinique d'Oppenheim et confirmée partiellement par les notices Neubauer.

Travail du Groupe — 2 · Reconstitution des trajectoires

Comment Oppenheim a acquis les manuscrits Al-Naqawa

Aucune source consultée ne donne le mode d'acquisition explicite des deux manuscrits Al-Naqawa de la collection. La reconstitution croise la matérialité de chaque pièce (datation, écriture, possesseurs cités, état) avec les huit canaux d'acquisition d'Oppenheim documentés ci-dessus pour proposer pour chacun la trajectoire la plus probable.

MS Opp. 146 · Neubauer 1312
Menorat ha-Ma'or
  • Israël ben Joseph al-Naqawa (Tolède, †1391)
  • Colophon daté 1441
  • Écriture séfarade
  • Copié par « Moïse le ḥazzan » pour « Joseph Hayyun »
  • ff. 297-312 d'une autre main (réfection)
MS Opp. 241 · Neubauer 939
Sha'ar Kevod Hashem
  • Ephraïm al-Naqawa (Tlemcen, 1359-1442)
  • Datation paléographique (XVe-XVIe s. ?)
  • Écriture orientale
  • 77 ff. complet
  • Extraits aggadiques et halakhiques ajoutés au début
1 MS Opp. 146 — la trajectoire la plus économique

Hypothèse principale : achat sur le marché de Hambourg-Amsterdam. L'indice décisif est le nom du destinataire — Joseph Hayyun correspond très probablement à Joseph ben Abraham Hayyun, l'un des derniers grands rabbins de Lisbonne avant l'expulsion portugaise de 1497. Si l'identification est juste, la trajectoire la plus économique est le passage par les diasporas séfarades occidentales (Amsterdam, Hambourg-Altona) qui aboutissent précisément au carrefour où Oppenheim plaçait sa bibliothèque.

Trajectoire reconstituée pour Opp. 146
Tolède post-1391 → Castille → Joseph Hayyun à Lisbonne (1441) → diaspora séfarade occidentale après 1497 (Amsterdam, Hambourg-Altona, Salonique) → marché du livre à Hambourg ou Hanovre au XVIIe-XVIIIe s. → Oppenheim · canal n° 1 (achat personnel)

Pourquoi cette voie est plus probable que les autres : (1) Hambourg accueillait une importante communauté séfarade portugaise faisant commerce de livres anciens ; (2) le manuscrit a un possesseur nominal séfarade explicite — il était identifiable et négociable comme une pièce de marché, pas comme une donation gracieuse ; (3) Oppenheim plaçait sa bibliothèque exactement dans ce carrefour. Alternatives moins probables : rachat d'une bibliothèque séfarade entière passée par Allemagne (canal 3) ; don de patronage (peu probable pour un manuscrit séfarade ancien).

2 MS Opp. 241 — la trajectoire la plus économique

Hypothèse principale : canal Jérusalem via philanthropie, ou don de patronage d'un correspondant oriental. Profil radicalement différent de Opp. 146 : ici, deux indices convergent vers une voie orientale. (a) L'écriture orientale indique une production hors Espagne — probablement Maghreb, Égypte, Syrie ou Eretz Yisrael. (b) Le profil composite (extraits aggadiques et halakhiques ajoutés au début) montre que le manuscrit a vécu dans une bibliothèque rabbinique de travail avant d'arriver chez Oppenheim — il a été utilisé, pas simplement acheté pour collection.

Trajectoire reconstituée pour Opp. 241
Maghreb / Tlemcen post-1442 → diaspora orientale → bibliothèque rabbinique de travail (Jérusalem ou correspondant oriental) → Oppenheim · canal n° 6 (Jérusalem via philanthropie) ou canal n° 2 (don de patronage rabbinique)

Pourquoi ces deux voies sont les plus probables : Oppenheim soutenait les communautés de Terre Sainte (kollelim) et recevait en retour des manuscrits orientaux — le profil oriental complet de Opp. 241 colle parfaitement. Un don de patronage d'un correspondant séfarade ou oriental cherchant son appui est aussi crédible (le caractère « composite/dossier de travail » suggérerait alors un cadeau préparé spécifiquement). Alternative : copie sur commande à un scribe oriental (canal 4) — mais sans signature de scribe attestée pour Oppenheim, hypothèse moins solide.

Synthèse comparative

Manuscrit Indice matériel décisif Canal Oppenheim probable Trajectoire
Opp. 146Menorat Joseph Hayyun (Lisbonne ?) + écriture séfarade Achat marché Hambourg Castille → Lisbonne (Hayyun) → diaspora séfarade occidentale → Hambourg-Amsterdam XVIIIe s. → Oppenheim
Opp. 241SKH Écriture orientale + profil composite Canal Jérusalem ou don oriental Maghreb/Orient → bibliothèque rabbinique de travail → Jérusalem ou don direct → Oppenheim

Les deux manuscrits sont entrés chez Oppenheim par des canaux différents, ce qui correspond bien à la diversité des réseaux d'acquisition que sa biographie documente. Aucune des deux entrées n'est documentée explicitement dans les sources accessibles — ce sont des hypothèses argumentées qui demanderaient pour preuve : un dépouillement de la correspondance d'Oppenheim, un examen autoptique des manuscrits (pages de garde, ex-libris, marques de possession, colophons secondaires), une vérification dans le catalogue Schmilauer (post-1736) ou dans le catalogue de vente Hambourg 1826.

Limites de l'analyse
Oxford · Étude du canal Huntington (1693)

Collection Huntington

Rubrique consacrée à Robert Huntington (1636/7-1701), chaplain des marchands anglais à Alep de 1671 à 1681, dont la collection orientale de ~645 manuscrits — acquise par la Bodleian en 1693 pour £ 752 10s. — contient le MS. Hunt. 559 (= Neubauer 1258), seul témoin oxonien du Sha'ar Kevod Adonai d'Ephraïm Aln'kaoua arrivé à Oxford 176 ans avant Luzzatto.

Précaution méthodologique

Un véritable examen folio-par-folio du MS. Hunt. 559 implique de naviguer image par image dans le visualiseur Digital Bodleian — le manuscrit comporte plus de 314 folios, soit environ 600+ images recto-verso. La présente rubrique compile tout ce qui est publiquement documenté sur la structure du manuscrit (synthèse documentaire complète) et propose un protocole opérationnel pour le Groupe Oxford. L'examen visuel proprement dit doit être effectué dans le visualiseur lui-même.

A Accès direct au manuscrit numérisé

Facsimilé intégral en haute résolution, gratuit, sans inscription. Numérisé dans le cadre du Polonsky Foundation Digitization Project (2012-2017), sous licence CC-BY-NC 4.0 — donc reproductible pour le GMPL avec attribution.

Visualiseur Digital Bodleian
Facsimilé en ligne
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Manifest IIIF
Pour Mirador ou autre visualiseur IIIF
iiif.bodleian.ox.ac.uk/iiif/manifest/16875d9a-51e7-4946-b1ef-51c37abd9e5a.json
B Structure codicologique connue (publiée)

D'après les métadonnées Biblissima (qui agrègent les notices Neubauer, Beit-Arié & May et la description Bodleian moderne) :

Élément Donnée
Cote actuelleMS. Huntington 559
Cote Neubauer 1886n° 1258
NatureMiscellany (recueil composite)
Datation1476-1500 (fin XVe siècle)
Étendue minimaleau moins 314 folios
Écritureséfarade
Origine principaleEspagne (variantes proposées : Castille ? Saragosse ?)
Origine de la dernière unitéfol. 305-314 : Espagne (Provence ?) — unité codicologique distincte signalée séparément par Bodleian
Provenance moderneRobert Huntington (1637-1701), acquis par la Bodleian en 1693
Item 2 du recueilSha'ar Kevod Adonai d'Ephraïm Aln'kaoua (Neubauer 1258,2 ; Jewish Encyclopedia)
C Indice sur la localisation de la section Aln'kaoua

Le fait que fol. 305-314 soient identifiés séparément comme « Espagne (Provence ?) » est codicologiquement significatif. Cela peut signifier :

Hypothèse à vérifier

La section Aln'kaoua correspondrait à l'unité finale fol. 305-314

Trois arguments convergent :

  1. Ephraïm Aln'kaoua a vécu et écrit à Tlemcen, sur la rive sud-ouest de la Méditerranée. La Provence est l'aire culturelle juive nord-méditerranéenne la plus proche, par laquelle ses textes ont naturellement transité.
  2. Le Sha'ar Kevod Adonai est un texte court (entre 20 et 40 folios dans ses copies manuscrites connues) — ce qui correspond à l'ordre de grandeur de la section fol. 305-314+.
  3. Une unité distincte ajoutée à la fin d'un miscellany correspond à la pratique séfarade habituelle : on incorpore un texte précieux ou rare dans un codex existant.

Hypothèse à confirmer par consultation directe — soit dans le visualiseur, soit par demande à César Merchan-Hamann (Hebraica Curator).

D Ce qui n'est pas dans Hunt. 559 — clarification

Pour éviter toute confusion entre les trois cotes Aln'kaoua oxoniennes, souvent mêlées dans la documentation projet :

Cote Auteur Œuvre
MS. Hunt. 161 Israël ben Joseph Aln'kaoua (le père, martyr d'Écija 1391) Menorat ha-Ma'ormanuscrit unique au monde, base de l'édition Enelow 1929-1932 (Bloch, NY)
MS. Hunt. 559 (item 2) Ephraïm Aln'kaoua (le fils, fondateur de Tlemcen) Sha'ar Kevod Adonai
MS. Opp. 241 (item 2) Ephraïm Aln'kaoua Sha'ar Kevod Elohim (autre copie)

Ces trois cotes corrigent les références « MS 5447 » et « MS Hunt. 268 » mentionnées dans Nebot, Le Manuscrit sacré, p. 261-264, qui sont manifestement erronées. Les cotes correctes sont celles ci-dessus.

E Protocole opérationnel pour le Groupe Oxford

Six étapes que Édith Szmuklerz et Pierre Sonigo (Groupe Oxford) peuvent exécuter à distance, sans déplacement à Oxford, pour localiser précisément la section Aln'kaoua dans MS. Hunt. 559.

I
Ouvrir le visualiseur
Digital Bodleian
Étape 1
Charger la page du manuscrit dans un navigateur. Pas d'inscription requise.
II
Activer la vue grille
« Browse all images »
Étape 2
Affiche l'ensemble du manuscrit en page-aperçu — utile pour repérer visuellement les changements de main ou de support.
III
Naviguer fol. 305-314
Hypothèse Aln'kaoua
Étape 3
Aller directement à l'unité finale identifiée séparément par Bodleian — c'est là que l'hypothèse place le Sha'ar Kevod Adonai.
IV
Photographier fol. 305 r°
Incipit attendu
Étape 4
Capture d'écran du recto. Le folio devrait porter une formule d'incipit ou un titre : dédicace au fils Israël, formule introductive sur la réfutation des critiques de Nahmanide envers le Guide de Maïmonide.
V
Vérifier l'écriture
Cursive séfarade nord-africaine ?
Étape 5
La section Aln'kaoua devrait être en cursive séfarade nord-africaine, distincte de la main principale du manuscrit. À comparer avec les autres folios.
VI
Demande complémentaire
César Merchan-Hamann
Étape 6 · délai 2-4 sem.
E-mail à specialcollections.enquiries@bodleian.ox.ac.uk : « Could you please confirm the folio range of Sha'ar Kevod Adonai by Ephraim Alnaqua within MS. Huntington 559 (= Neubauer 1258, item 2), and indicate the incipit and explicit ? »
F Référence type pour le site GMPL

Formulation de référence à employer dans la section Manuscrits Aln'kaoua révisée :

MS. Hunt. 559 (= Neubauer 1258), item 2 — Ephraïm Aln'kaoua, Sha'ar Kevod Adonai.

Recueil composite séfarade, fin XVe siècle, conservé à la Bodleian Library, Oxford ; entré dans les collections via la donation/vente Huntington de 1693 (donc hors fonds Luzzatto).

314+ folios ; la section Aln'kaoua se trouve probablement dans l'unité finale fol. 305-314, d'origine Espagne/Provence.

Facsimilé intégral en ligne : digital.bodleian.ox.ac.uk/objects/16875d9a-51e7-4946-b1ef-51c37abd9e5a

La fragmentation du Fonds après 1865

Le Fonds Luzzatto
au-delà d'Oxford

Quand Shadal meurt en 1865, sa bibliothèque ne va pas en un seul endroit. Elle se disperse en plusieurs lots, en plusieurs ventes, en plusieurs villes. Reconstituer aujourd'hui le Fonds Luzzatto, c'est suivre les fragments d'un même héritage à travers une dizaine d'institutions sur trois continents.

La bibliothèque personnelle de Samuel David Luzzatto (Shadal) constituait à la fin de sa vie un ensemble probablement supérieur à 1 000 manuscrits — accumulés en cinquante ans de correspondance avec les rabbins d'Europe et du Maghreb, et de patientes acquisitions dans les ventes italiennes et allemandes de la première moitié du XIXe siècle.

Mais Shadal vivait du seul revenu de son enseignement au Collegio Rabbinico de Padoue. À sa mort en 1865, sa famille n'a pas les moyens d'entretenir cet ensemble. Son fils Isaia, en l'espace de dix ans environ (1865–1876), procède à plusieurs ventes successives destinées à différentes institutions et collectionneurs européens. À cela s'ajoutent les ventes antérieures que Shadal lui-même avait organisées de son vivant, et celles de son cercle padouan (Reggio, Almanzi).

Le résultat : aujourd'hui, le Fonds Luzzatto est dispersé entre une dizaine d'institutions à travers le monde. Aucun catalogue unifié n'existe. C'est précisément la raison d'être du collectif GMPL : recoller les morceaux.

Cœur du fonds · 77 cotes
Oxford · Royaume-Uni
Bodleian Library
Deux acquisitions : 1853 (Reggio) & 1869–1870 (Isaia Luzzatto)
La principale concentration mondiale de manuscrits du Fonds Luzzatto. 77 cotes identifiées par le Groupe Oxford (29 formellement localisées à ce jour). C'est ici que se trouvent le Maḥzor d'Oran (5 vol.), les manuscrits Aln'kaoua, et la majeure partie des autographes. Voir l'inventaire détaillé →
332 manuscrits Almanzi · 1865
Londres · Royaume-Uni
British Library
Achat British Museum, 1865
Le grand acquéreur du cercle padouan : la British Library (alors British Museum) a acheté 332 manuscrits de la collection Joseph Almanzi en 1865, formant le cœur de sa série « Additional » de manuscrits hébraïques. Achat fait sur la base du catalogue rédigé par Shadal lui-même peu auparavant. Almanzi et Shadal étant amis et collaborateurs, ces manuscrits sont étroitement liés au Fonds Luzzatto au sens large — d'où l'intérêt méthodologique de croiser les deux catalogues sources de Padoue. Joyau : la Golden Haggadah (Catalogne, XIVe).
Livres rares Almanzi · 1893
New York · États-Unis
Columbia University Library
Almanzi → Müller (Amsterdam) → Temple Emanu-El (1868) → Columbia (1893)
Pendant que la British Library acquérait les manuscrits Almanzi en 1865, les livres rares de la même collection partaient chez le libraire Frederik Müller à Amsterdam. Ils furent achetés en 1868 par les administrateurs du Temple Emanu-El à New York, qui en firent don à la Columbia University Library en 1893. Aujourd'hui encore, une grande partie des imprimés rares de la bibliothèque padouane d'Almanzi se trouve donc à Manhattan. Pour reconstituer le Fonds, c'est une étape essentielle.
Ventes 1868 et après
New York · États-Unis
Jewish Theological Seminary (JTS) Library
Manuscrits Luzzatto acquis dans les ventes 1868 et postérieures
Le JTS abrite plusieurs manuscrits Luzzatto, dont certains acquis avant même la mort de Shadal (lui-même vendait des duplicata de son vivant). Le catalogue JTS est partiellement en ligne sur jtsa.edu.
Papiers personnels
Berkeley · Californie
The Magnes Collection of Jewish Art and Life
Papiers et correspondance personnels de Shadal et Isaia
Le Magnes (université de Californie, Berkeley) conserve les archives personnelles de la famille Luzzatto — correspondance, manuscrits inédits de Shadal, papiers d'Isaia. Pour reconstituer le contexte intellectuel du Fonds (qui Shadal correspondait avec, sur quels manuscrits il travaillait), c'est une source incontournable.
Dispersée Sotheby's 2004
Londres → privé
Collection Halberstam → Montefiore College
1888-9 → 1899 → vente Sotheby's 2004
Solomon Joachim Halberstam (1832–1900) achète plusieurs manuscrits Luzzatto à la Bodleian et à Isaia Luzzatto entre 1888 et 1889. Sa collection passe ensuite au Montefiore College (Ramsgate). Lors de la fermeture du collège en 2004, l'ensemble est vendu chez Sotheby's et entre en mains privées — ce qui en a partiellement perdu la trace publique.
Correspondance avec Luzzatto
Parme · Italie
Biblioteca Palatina di Parma
Fonds De Rossi (acquis en 1816)
Le grand fonds De Rossi de la Biblioteca Palatina contient des pièces sur lesquelles Shadal a travaillé (il a souvent envoyé Jacob Levi de Turin copier des manuscrits De Rossi pour son propre usage — c'est l'origine de la cote MS. Opp. Add. 4° 89 à la Bodleian, datée de 1845). La correspondance Shadal ↔ De Rossi y est aussi conservée.
Ville de Shadal
Padoue · Italie
Archivio della Comunità ebraica di Padova
Fonds local communautaire
L'archive de la communauté juive de Padoue conserve des pièces issues du Collegio Rabbinico (où Shadal a enseigné de 1829 à 1865) et des fragments d'archives familiales restés sur place après le départ d'Isaia. Source de proximité, peu exploitée jusqu'ici.
17 manuscrits Luzzatto
Paris · France
Alliance Israélite Universelle
Acquisitions principales 1870 (Mahzor) et après
L'AIU a constitué progressivement un ensemble de 17 manuscrits ayant appartenu à S. D. Luzzatto (chiffre attesté par la Revue des études juives, 1904). Pièce centrale : le splendide Maḥzor Luzzatto du XIVe siècle, acquis en 1870 — l'un des plus anciens livres de prières juifs illustrés connus, mis aux enchères chez Sotheby's en 2024 pour 4 à 6 millions de dollars. Le dépôt parisien est complémentaire du dépôt Bodleian : Oxford a reçu surtout des manuscrits collectionnés par Shadal, Paris a reçu un mélange d'écrits propres et d'acquisitions ultérieures.
Livres rares Almanzi
New York · États-Unis
Columbia University Library
Don du Temple Emanu-El, 1893
Les livres imprimés rares de la bibliothèque d'Almanzi — distincts des manuscrits achetés par le British Museum — ont suivi un parcours singulier : passés par le libraire Frederik Müller à Amsterdam après la mort d'Almanzi, ils ont été achetés en 1868 par les administrateurs du Temple Emanu-El de New York, puis offerts en 1893 à la Columbia University Library, où ils se trouvent encore. Pour reconstituer la part Luzzatto/Almanzi des incunables et imprimés rares, c'est ici qu'il faut chercher.
Approfondissement · La collection padouane voisine

Taxonomie de la collection Almanzi

Joseph Almanzi (1801-1860), bibliophile padouan ami intime de Shadal, héritier en partie de la bibliothèque du Hida (Hayim Yosef David Azulai, 1724-1806), avait constitué l'une des plus grandes bibliothèques juives privées du XIXe siècle. À sa mort en 1860, sa famille confie à Shadal lui-même la rédaction du catalogue (Yad Yosef, 1864). Cinq ans plus tard, la collection commence à se disperser. Quatre angles pour la cartographier — en miroir des analyses Luzzatto 1868 et Neubauer 1886.

A Par destination après la dispersion (1860-1893)

La collection ne s'est pas dispersée d'un coup ni vers une seule institution. Quatre filières distinctes, étalées sur trente-trois ans, ont chacune emporté un type différent de pièces : la majorité des manuscrits vers Londres, les livres rares imprimés vers New York puis Columbia, quelques pièces à Oxford, le reste sur le marché privé.

I
British Museum / British Library
Manuscrits hébreux
~ 332 manuscrits · 1865
Acquisition massive cinq ans après la mort d'Almanzi, sur la base du catalogue rédigé par Shadal. Cœur de la série « Additional » de la BL. Catalogue Margoliouth (4 vol., 1899-1935) reste la référence descriptive.
II
Bodleian Library, Oxford
Quelques manuscrits
~ 1865 (volume modeste)
Une petite fraction des manuscrits Almanzi rejoint Oxford la même année que Londres, décrite ensuite dans Neubauer 1886. Identification précise à confirmer dans l'Index of Owners.
III
Columbia University Library
Imprimés rares & incunables
Don 1893
Filière séparée des manuscrits : libraire Frederik Müller (Amsterdam) → administrateurs du Temple Emanu-El (New York, 1868) → don à Columbia (1893). C'est ici qu'il faut chercher les incunables et imprimés rares Almanzi.
IV
Marché privé
Pièces dispersées
post-1860 · indéterminé
Pièces vendues hors des grandes institutions, à rechercher dans les ventes Sotheby's, Christie's et auprès des marchands spécialisés. Sans trace publique systématique.
Filière documentée principale : Padoue → Catalogue Shadal 1864 → BL (332 mss, 1865) · Padoue → Müller Amsterdam → Emanu-El NY (1868) → Columbia (1893) · quelques pièces à Oxford
B Par contenu & discipline

La collection couvre l'essentiel des grandes disciplines de la culture livresque juive — typique des bibliothèques padouanes héritières du Hida. Almanzi avait cependant une passion documentée pour la poésie hébraïque andalouse et italienne, ce qui en fait une concentration unique de Divans et de manuscrits poétiques. Estimations à confirmer dans le Yad Yosef.

Poésie & Divans
spécialité Almanzi
Divans des grands poètes andalous (Yehouda Halevi, Moshé Ibn Ezra, Salomon Ibn Gabirol) et italiens (frères Francès, Ramhal). Recueils de piyyutim et kinot. Pièces autographes.
Liturgie & Rite
section large
Mahzorim (rites italien, sépharade, ashkénaze), Sidourim, Selichot, Tikkunim, Hagadot. Souvent sur parchemin, quelques pièces enluminées de la Renaissance.
Bible & Exégèse
corpus classique
Pentateuque avec Rashi, Ibn Ezra, Radak, Ralbag, Hizkuni, Ramban, Ba'al ha-Tourim. Commentaires sur les Mégillot, Job, Daniel, Esdras.
Halakha & Responsa
codes & décisions
Maïmonide (Mishné Tora), Tour, Mahari'l, Mordekhaï, responsa des Gaonim et des décisionnaires italiens. Coutumes locales.
Kabbale & Mystique
via le Hida
Sefer Yetzirah avec multiples commentaires, Sefer ha-Bahir, Recanati, Marot ha-Tsove'ot, Ma'arekhet ha-Elohut. Filière Hida en arrière-plan.
Philosophie
tradition tibbonide
Kuzari de Yehouda Halevi avec commentaires, Moreh Nevoukhim de Maïmonide, traductions hébraïques d'Aristote, Galien.
Grammaire & Lexique
école hispano-italienne
Saadia Gaon, Ibn Ezra (Tsahot, Mozney, Sefat Yeter), David Kimhi (Mikhlol), dictionnaires de rimes inédits.
Histoire & Sciences
corpus secondaire
Yossipon, Yuhasin, mémoires familiales, événements communautaires italiens. Médecine, mathématique et astronomie via traductions de l'arabe.
C Par provenance géographique des pièces

Comme la bibliothèque de Shadal, la collection Almanzi est massivement italienne, mais avec une vraie ouverture sur les diasporas séfarade post-1492 et orientale. Le Maghreb y est marginalement représenté — point d'asymétrie important pour les manuscrits Aln'kaoua, qui n'y figurent a priori pas.

Italie
cœur du fonds
Padoue, Venise, Mantoue, Vérone, Bologne, Modène. Ancrage local du collectionneur, parchemins enluminés de la Renaissance, autographes de poètes et rabbins italiens.
Sépharade & Espagne
spécialité poétique
Andalousie médiévale (Halevi, Ibn Ezra, Ibn Gabirol), exilés post-1492 vers l'Italie et l'Empire ottoman. Liturgie sépharade.
Levant ottoman
via voyageurs
Pièces apportées au XVIIIe-XIXe s. par voyageurs et collecteurs. Constantinople, Salonique, Smyrne, Le Caire, Alexandrie.
Maghreb
marginal
Représentation modeste, surtout par voie levantine. Les manuscrits Aln'kaoua n'y figurent pas dans les sources accessibles — point d'asymétrie avec la collection Luzzatto.
Ashkenaz / Allemagne
section liturgique
Mahzorim allemands sur parchemin (XIVe-XVe s.), Mahari'l, halakha rhénane, commentaires talmudiques.
Yémen
pièces typiques
Quelques manuscrits yéménites comme dans la plupart des grandes collections du XIXe. Tradition de copie distincte.
Articulation avec le Fonds Luzzatto

Trois points de jonction Almanzi ↔ Luzzatto

1 · Échanges directs
Almanzi et Shadal vivaient à Padoue et étaient amis intimes. Les deux hommes échangeaient des manuscrits. Certaines pièces du Yad Yosef 1864 recoupent probablement le catalogue Joseph Luzzatto 1868.
2 · Héritage commun via le Hida
Almanzi héritier partiel de la bibliothèque du Hida (1724-1806). Certaines pièces du Hida ont pu transiter par Shadal avant de revenir chez Almanzi. Filiation à documenter pièce par pièce.
3 · Couloir Padoue → Londres
La vente Almanzi → BM (1865) préfigure de quatre ans la vente Isaia Luzzatto → Bodleian (1869-70). Même milieu, même mouvement, même vendeur intermédiaire (le cercle padouan).
Sources pour passer à l'inventaire détaillé

⚠ La répartition par discipline / géographie / chronologie est extrapolée de ce qu'on sait des grandes bibliothèques juives padouanes du XIXe siècle. Le dépouillement systématique du Yad Yosef reste une priorité du Groupe Oxford.

Approfondissement · Le canal pionnier vers Oxford

Taxonomie de la collection Reggio (Yashar)

Isaac Samuel Reggio (1784-1855), dit Yashar (acronyme יש״ר), est un mathématicien, philosophe et exégète biblique italien — l'un des fondateurs du Collegio Rabbinico Italiano de Padoue (1829), où il fait nommer Shadal comme professeur. Fer de lance de la Haskalah italienne. Sa bibliothèque est achetée en bloc par la Bodleian en 1853, du vivant de Reggio — premier canal documenté entre le cercle padouan et Oxford, seize ans avant la grande vente Isaia Luzzatto. Quatre angles pour la cartographier — en miroir des analyses Luzzatto 1868, Neubauer 1886 et Almanzi.

A Le contexte de l'acquisition (1853)

Contrairement à la collection Almanzi (vente post-mortem par la famille) et au Fonds Luzzatto (vente post-mortem par Isaia), Reggio vend lui-même sa bibliothèque à la Bodleian alors qu'il est encore vivant — il a 69 ans, mourra deux ans plus tard à Gorizia. Cette acquisition de ~78 manuscrits en bloc, sous la cote MS. Reggio 1 à 78, marque le premier transfert structuré du Padoue intellectuel vers Oxford.

I
L'événement
Vente en bloc à la Bodleian
1853 · ~ 78 manuscrits
Achat unique, opéré du vivant de Reggio. Cotes MS. Reggio 1 à ~78, conservées telles quelles à la Bodleian. Décrites une à une dans Neubauer 1886 (vol. 1).
II
Le vendeur
Reggio lui-même
1853 · à 69 ans
Cas unique parmi les grands fonds padouans — Reggio vend de son vivant. Mort à Gorizia en 1855. Hypothèses : raisons financières, dispersion stratégique, ou simple choix de placement institutionnel.
III
L'antériorité
Premier canal padouan-Oxford
— 16 ans avant 1869
Précède de seize ans la vente Isaia Luzzatto à la Bodleian. La cote MS. Reggio ouvre la voie : c'est par ce précédent que la Bodleian deviendra l'institution réceptrice naturelle du Fonds Luzzatto.
IV
Conservation actuelle
Cotes intactes à Oxford
Bodleian Library
Aucune dispersion ultérieure. La collection reste accessible aujourd'hui sous ses cotes Reggio originales, consultable individuellement sur hebrew.bodleian.ox.ac.uk.
Filière simple : Padoue / Gorizia → Bodleian (1853) · vente unique · pas de dispersion ultérieure · cotes intactes
B Le profil intellectuel de Yashar Reggio

Reggio n'est pas un bibliophile au sens d'Almanzi (qui collectionnait pour collectionner). C'est d'abord un maskil savant — mathématicien, philosophe, exégète biblique, traducteur de Maïmonide en italien — dont la bibliothèque est avant tout l'outil de travail. Cette différence éclaire le contenu de sa collection : moins encyclopédique qu'Almanzi, plus orientée vers ses propres centres d'intérêt scientifiques et religieux.

Philosophie & Sciences
spécialité Reggio
Maïmonide (Moreh Nevoukhim), Yehouda Halevi (Kuzari), Aristote en hébreu, mathématique, astronomie, médecine. Reflet direct des intérêts du fondateur de l'Ha-Torah ve-ha-Filosofia (1827).
Bible & Exégèse
corpus de travail
Pentateuque avec commentateurs classiques (Rashi, Ibn Ezra, Radak, Ramban). Reggio a traduit le Pentateuque en italien — ces manuscrits sont son atelier.
Kabbale & mystique
dont autographes Ramhal
Concentration unique d'autographes et copies du Ramhal (Moshe Hayyim Luzzatto, 1707-1747), kabbaliste padouan dont le milieu est encore vivant à l'époque de Reggio. Pièce maîtresse intellectuelle de la collection.
Halakha & Responsa
section secondaire
Maïmonide (Mishné Tora), responsa, codes italiens. Moins développée que chez Almanzi — Reggio n'est pas un décisionnaire halakhique.
Liturgie & Rite
section limitée
Quelques Mahzorim et Sidourim italiens, mais pas de spécialisation marquée. La logique « bibliothèque savante » prime sur la logique « collection liturgique ».
Grammaire & Linguistique
profil maskil
Outils linguistiques classiques (Ibn Ezra, Kimhi), reflet de l'intérêt Haskalah pour la grammaire scientifique de l'hébreu et la philologie comparée.
Haskalah italienne
corpus contemporain
Écrits modernes des cercles maskilim italiens et autrichiens contemporains de Reggio (Trieste, Gorizia, Padoue, Vienne). Lettres, brochures, premières publications.
Écrits propres de Reggio
à vérifier dans Neubauer
Manuscrits autographes de Reggio lui-même (préparations d'éditions, notes de lecture, correspondance, brouillons d'œuvres publiées comme Mafte'ah el Megillat Esther 1841).
C Par provenance géographique des pièces

Collection encore plus italienne qu'Almanzi — naturel pour un savant ancré à Gorizia (cœur autrichien-italien) puis Padoue. Ouverture limitée vers les autres diasporas. Maghreb quasi absent. Aucune trace identifiée des manuscrits Aln'kaoua, comme pour Almanzi : les deux collections padouanes voisines partagent cet angle mort.

Italie du Nord
cœur écrasant
Gorizia, Trieste, Padoue, Venise, Mantoue, Vérone. Cercle Reggio-Shadal-Almanzi. Concentre les autographes Ramhal et les écrits de la Haskalah italienne.
Sépharade
corpus classique
Auteurs andalous médiévaux (Ibn Ezra, Halevi, Maïmonide), arrivés en Italie via les exilés post-1492 puis recopiés sur place.
Provence & France
tradition tibbonide
École de Lunel — les Tibbonides traducteurs de l'arabe. Tradition exégétique provençale, premières traductions philosophiques. Pertinent pour un philosophe comme Reggio.
Maghreb
quasi absent
Aucune trace identifiée des manuscrits Aln'kaoua dans le canal Reggio. Comme Almanzi, Reggio n'a pas eu de relais documenté avec les communautés rabbiniques nord-africaines.
Ashkenaz
marginal
Quelques pièces ashkénazes, principalement liturgiques ou halakhiques. Reggio n'a pas développé d'intérêt particulier pour cette tradition.
Levant ottoman
faible
Pièces apportées par voyageurs et collecteurs. Volume modeste comparé à Almanzi, dont la passion pour la poésie attirait des manuscrits orientaux.
Articulation avec le Fonds Luzzatto

Trois points de jonction Reggio ↔ Luzzatto

1 · Le canal pionnier
L'achat Bodleian-Reggio de 1853 précède de seize ans la vente Isaia Luzzatto. Sans ce précédent, la Bodleian n'aurait probablement pas été choisie comme institution réceptrice principale du Fonds Luzzatto en 1869.
2 · Le milieu padouan partagé
Reggio fonde le Collegio Rabbinico de Padoue en 1829 et y nomme Shadal. Les deux hommes correspondent intensément, échangent manuscrits et notes. Certaines pièces de la cote MS. Reggio proviennent de Shadal — ou y retourneront indirectement.
3 · Le recoupement Ramhal
Les autographes du Ramhal que conserve la collection Reggio sont du même cercle padouan que ceux qu'a possédés Shadal — d'où la confusion fréquente entre les « trois Luzzatto » (Ramhal kabbaliste / Shadal philologue / Isaia vendeur), traitée dans la rubrique Les manuscrits à Oxford.
Sources pour passer à l'inventaire détaillé

⚠ Le profil thématique présenté ici est extrapolé de ce que l'on sait du parcours intellectuel de Yashar Reggio. La répartition exacte par discipline, datation et provenance des 78 cotes MS. Reggio reste à dépouiller systématiquement dans Neubauer 1886.

Note de navigation

Les collections Oppenheim (1829) et Huntington (1693) sont entrées à la Bodleian — donc à Oxford. Leur taxonomie et l'analyse des trajectoires Aln'kaoua sont désormais traitées dans la rubrique consolidée Les manuscrits à Oxford. Cette rubrique Au-delà d'Oxford se concentre désormais sur les institutions hors Bodleian où le Fonds Luzzatto est dispersé.

Chronologie de la fragmentation

Le Fonds Luzzatto ne s'est pas éclaté en un instant. C'est un processus en plusieurs étapes, étalé sur près de cinquante ans, qui commence du vivant de Shadal et se prolonge bien après sa mort.

1853
Achat de la collection Reggio par la Bodleian
Première arrivée de pièces du cercle padouan à Oxford. Reggio meurt en 1855 ; sa bibliothèque, qui contenait des autographes du Ramhal et des pièces transmises par Shadal, est achetée en bloc. Shadal est encore vivant et n'est pas vendeur — c'est un collègue qui meurt.
1860
Mort d'Almanzi, ami padouan de Shadal
Joseph Almanzi (1801-1860) avait constitué à Padoue, en parallèle de celle de Shadal, l'une des plus importantes bibliothèques hébraïques privées du XIXe siècle. À sa mort, sa famille confie à Shadal la rédaction du Catalogue de la bibliothèque de littérature hébraïque et orientale de feu Joseph Almanzi, en vue de la vente.
1865
Le British Museum achète 332 manuscrits Almanzi
Acquisition massive : le British Museum (futur British Library) acquiert la majeure partie des manuscrits hébreux d'Almanzi — sur la base du catalogue rédigé par Shadal. Cela constitue le cœur de la série « Additional » de la BL.
1865
Mort de Shadal — début de la dispersion
Le travail d'étude s'interrompt. La famille n'a pas les moyens de conserver l'ensemble. Isaia hérite et commence à organiser les ventes. Les ~1 000 manuscrits que Shadal avait rassemblés à Padoue vont entamer leur diaspora.
janv. 1868
Joseph Luzzatto publie le catalogue de la bibliothèque de son père
À Padoue, Joseph (autre fils de Shadal, à distinguer d'Isaia) publie le Catalogue de la bibliothèque de littérature hébraïque et orientale de feu Samuel David Luzzatto — 64 pages, en français. C'est l'inventaire pré-vente, source primaire absolue pour reconstituer ce qui était à Padoue avant la dispersion.
1868
Les livres rares d'Almanzi atteignent New York
Les imprimés rares de la collection Almanzi (qui n'étaient pas allés au British Museum en 1865) sont achetés à Frederik Müller (Amsterdam) par les administrateurs du Temple Emanu-El de New York.
1869–1870
Ventes Isaia Luzzatto à la Bodleian et à l'AIU
La plus grande vente. Isaia répartit le fonds en deux : les manuscrits anciens collectionnés par son père vont à Oxford (sous la cote « Dep. Luzzatto », reversés dans MS. Opp. Add. 4°), les écrits propres de Shadal vont à Paris (Alliance). Il garde les papiers familiaux, qui plus tard finiront à Berkeley.
1888–1889
Achats Halberstam
Solomon Halberstam acquiert plusieurs manuscrits Luzzatto à la Bodleian et auprès d'Isaia. Sa collection ira au Montefiore College.
1893
Le Temple Emanu-El donne sa collection à Columbia
Les imprimés rares Almanzi acquis en 1868 sont offerts par le Temple Emanu-El à la Columbia University Library, où ils se trouvent toujours aujourd'hui.
1898
Mort d'Isaia Luzzatto
Le dernier témoin direct du Fonds disparaît. Quelques manuscrits restent dans la famille (qui vit toujours à Padoue). Ses filles assureront la transmission.
1943–1945
Shoah — les filles d'Isaia déportées
La descendance directe de Shadal est anéantie. Les papiers familiaux qui restaient à Padoue sont en grande partie perdus ou éparpillés. La transmission orale du Fonds s'éteint avec elles.
2004
Sotheby's vend la collection Montefiore
Le Montefiore College ferme ; sa collection — qui incluait les manuscrits Luzzatto achetés par Halberstam au XIXe siècle — passe en vente publique chez Sotheby's. Une partie entre en mains privées et perd la trace publique.
2026
Naissance du GMPL — l'effort de réunification
Cent soixante ans après la mort de Shadal, le collectif Gardiens de la Mémoire du Peuple du Livre entreprend la première tentative systématique de cartographier ce fonds dispersé, à travers les institutions identifiées sur cette page et au-delà.
Qui fait quoi · L'organisation du GMPL

Le collectif

Tout ce qui concerne le fonctionnement du GMPL — les traductions en cours, l'histoire du collectif et de ses sources, le forum d'échange, l'avancée des cinq groupes opérationnels, la charte et l'équipe. Six volets parcourables successivement sur cette page.

I Traduction par Intelligence Artificielle

Une traduction page par page, page après page, donnant le sens général de chaque manuscrit. Relativement rapide à produire — un premier accès, une porte d'entrée vers le contenu des textes.

IA

À quoi sert la traduction IA ?

Les modèles d'intelligence artificielle permettent aujourd'hui de produire très rapidement une traduction du sens général d'un manuscrit hébreu, page par page. Ce n'est pas une traduction savante : c'est un premier filtre qui permet de comprendre globalement de quoi parle un texte, d'identifier les thèmes, et de décider ce qui mérite ensuite une étude par un spécialiste de l'hébreu ancien.

Langue de sortie : Français English Italiano Español Português Deutsch العربية русский + 4
Texte original — Hébreu MS 5447, fol. 12r
א אמר ישראל בן יוסף אלנקאוה: ידוע יהיה לכל קורא בספר הזה כי כוונתי בחיבורו ללמד את העם דרכי החכמה והמוסר.

ב כי בדורנו זה רבו הצרות ומעטו לומדי התורה, ועל כן ראיתי לחבר ספר אשר יהיה כמנורה למאור עיני הקוראים בו.

ג וחילקתי את הספר לעשרים פרקים, וכל פרק נחלק לשבעה שערים, כדי שיהיה קל לזכור ולשנן.

ד ובכל שער הבאתי דברי חכמינו זכרונם לברכה, ופעמים גם משלים מן העמים אשר סביבותינו, אם יש בהם ללמד דבר טוב.
Traduction IA — Français · sens général généré · v. 2026.04

1Israël ben Joseph Aln'kaoua déclare : que tout lecteur de ce livre sache que mon intention en le composant est d'enseigner au peuple les voies de la sagesse et de la morale.

2Car en notre génération, les épreuves se sont multipliées et les étudiants de la Torah se font rares. C'est pourquoi j'ai jugé bon de composer un livre qui serait comme un chandelier pour éclairer les yeux de ceux qui le liront.

3J'ai divisé le livre en vingt chapitres, et chaque chapitre se subdivise en sept portes, afin qu'il soit facile à mémoriser et à étudier.

4Dans chaque porte, j'ai apporté les paroles de nos Sages — leur souvenir soit en bénédiction — et parfois aussi des paraboles tirées des peuples qui nous environnent, lorsqu'on peut y trouver un enseignement bon à recevoir.

Cette traduction a été produite par un modèle d'IA spécialisé en hébreu rabbinique médiéval. Elle donne le sens général du texte. Pour une étude savante, voir la Partie II ci-dessous.

II Traduction savante

Une traduction fine, précise et longue, par des spécialistes de l'hébreu ancien — rabbins, philologues, exégètes. Le travail lent qui restitue ce que l'IA ne peut deviner.

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Le travail des spécialistes

Là où l'IA donne le sens général, le spécialiste de l'hébreu ancien restitue les nuances, les jeux d'allusion talmudique, les variantes de manuscrits, la valeur halakhique d'un terme. Chaque traduction savante du Fonds Luzzatto est accompagnée d'un appareil critique : variantes, sources, parallèles, datation, hypothèses sur l'auteur.

Nos spécialistes

Rabbin Ruben Atlan
Hébreu rabbinique · Halakha
Traduction et commentaire du Sha'ar Kevod Hashem d'Ephraïm Aln'kaoua. Spécialiste du judaïsme maghrébin médiéval.
David Reinharc
Édition critique · Philologie
Établissement du texte du Menorat ha-Ma'or à partir de trois témoins manuscrits (Bodleian MS 5447, MS Hunt 268, Hunt. 140).
Frédéric Ankaoua
Histoire des textes · Coordination
Coordination du groupe Manuscrits, traduction et publication. Mise en relation avec les institutions universitaires.
MS 5447 — fol. 12r Bodleian · Dep. Luzzatto
א אמר ישראל בן יוסף אלנקאוה: ידוע יהיה לכל קורא בספר הזה כי כוונתי בחיבורו ללמד את העם דרכי החכמה והמוסר.

ב כי בדורנו זה רבו הצרות ומעטו לומדי התורה, ועל כן ראיתי לחבר ספר אשר יהיה כמנורה למאור עיני הקוראים בו.
Édition critique · trad. R. Ruben Atlan v. 2.1 — révisée 2026

1Préambule. Ainsi parle Israël ben Joseph Aln'kaoua¹ : qu'il soit connu de tout lecteur de cet ouvrage que mon intention, en le composant, est d'enseigner à la communauté² les voies de la sagesse (ḥokhmah) et celles de la morale (musar).

2Car en cette génération qui est la nôtre³, les épreuves se sont multipliées et ceux qui étudient la Torah se sont raréfiés. C'est la raison pour laquelle j'ai estimé devoir composer un livre qui serait comme un chandelier (menorah) destiné à éclairer les yeux de ses lecteurs.

Notes critiques
¹ Aln'kaoua : nom porté par plusieurs membres d'une lignée rabbinique de Castille puis du Maghreb. Israël b. Joseph (ca. 1310–1391) est martyr de Tolède.
² 'am : « peuple ». Mais dans l'usage de l'auteur ('am qadosh), désigne plutôt sa communauté juive.
³ Allusion probable aux pogroms de 1391 en Espagne.
Le titre Menorat ha-Ma'or (« Le Chandelier de la Lumière ») reprend l'image biblique de Zach. 4.
XIVe
Israël ben Joseph Aln'kaoua à Tolède
Composition du Menorat ha-Ma'or. Le rabbin meurt martyr lors des pogroms de 1391. Son fils Ephraïm fuit en Algérie et fonde la communauté de Tlemcen.
1800
Naissance de Samuel David Luzzatto
Né à Trieste. Il deviendra l'un des plus grands philologues, exégètes et poètes du judaïsme italien — et un des fondateurs de la Wissenschaft des Judentums.
1829
Professeur au Collegio Rabbinico
Shadal enseigne au premier séminaire rabbinique moderne d'Europe, à Padoue. Il devient une autorité internationale, vers qui rabbins et érudits envoient leurs manuscrits pour étude ou conservation.
1865
Mort de Shadal
Le travail d'étude s'interrompt. Près de 1 000 manuscrits sont conservés à Padoue, témoins d'un demi-siècle de correspondance avec les rabbins d'Europe et du Maghreb.
1869
Le partage d'Isaïa Luzzatto
Isaïa, le fils, dépose les écrits propres de son père à l'Alliance Israélite Universelle à Paris (dont le splendide Mahzor Luzzatto du XIVᵉ siècle), et confie les manuscrits anciens à la Bodleian Library d'Oxford, sous la cote « Dep. Luzzatto ».
XXe
L'oubli
Les guerres, la Shoah, dispersent les héritiers. Les filles d'Isaïa Luzzatto périssent en déportation. Plus personne pour transmettre. Les manuscrits restent dans le silence d'Oxford.
2026
Le réveil — naissance du GMPL
À la suite de la parution du Manuscrit sacré de Didier Nebot, le collectif GMPL est fondé pour reprendre le travail d'identification et d'étude. Cinq groupes opérationnels. Soutien du Grand Rabbin de France.
Aujourd'hui

Les 14 institutions où dorment les manuscrits

Une recherche minutieuse a montré que des manuscrits issus du Fonds Luzzatto sont aujourd'hui dispersés dans au moins quatorze institutions à travers le monde. Le GMPL prend contact avec chacune d'entre elles.

Bodleian Library
Oxford, Royaume-Uni
~ 500
Manuscrits — cote « Dep. Luzzatto »
Contact établi
Alliance Israélite Universelle
Paris, France
~ 180
Écrits propres de Shadal · Mahzor
RDV avril 2026
Bibliothèque nationale de France
Paris, France
~ 60
Fonds hébreu — éditions imprimées
En préparation
Huntington Library
Californie, États-Unis
~ 25
MS Huntington (dépôt prob. via Luzzatto)
À contacter
Bibliothèque du Collegio
Padoue, Italie
à recenser
Lieu d'enseignement de Shadal
Contact engagé
+ 9 autres institutions
Europe et États-Unis
~ 235
À recenser et inventorier
Recherche en cours
Mémoire visuelle

Galerie d'images

Fac-similés numériques, folios, reliures, enluminures, sceaux et marques de provenance — une mémoire visuelle des manuscrits.

312 images haute définition Domaine public Crédits institutions
Filtrer : Toutes Folios Reliures Enluminures Sceaux & cotes Portraits Bibliothèques
Identification & catalogage
Questions sur les cotes, attribution d'auteurs, datation paléographique, recoupements entre institutions.
42 sujets187 messages
Traductions IA & humaines
Demandes de relecture, propositions d'amendements, comparaison entre versions, questions de vocabulaire rabbinique.
28 sujets112 messages
Histoire & communautés
Échanges sur les auteurs, les communautés juives du XIXᵉ siècle, sources biographiques, archives familiales.
19 sujets86 messages
Bibliothèques & contacts
Comptes rendus de visites, échanges avec Oxford, Alliance, BNF, points de contact dans chaque institution.
14 sujets53 messages
Discussions récentes
MS 5447 fol. 23 : variante au passage sur la teshouva ?
par R. Ruben Atlan · dans Identification & catalogage
12
réponses
il y a 2 h
RDV Alliance avril 2026 — préparation des questions
par Didier Nebot · dans Bibliothèques & contacts
7
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il y a 5 h
IA : le modèle confond souvent musar et moser
par David Reinharc · dans Traductions IA & humaines
9
réponses
hier
Ephraïm Aln'kaoua à Tlemcen : sources locales algériennes ?
par Frédéric Ankaoua · dans Histoire & communautés
15
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il y a 2 j
Bodleian : a confirmé l'accès aux registres internes 1869
par Édith Szmuklerz · dans Bibliothèques & contacts
21
réponses
il y a 4 j
Liste des 14 institutions — appel à compléments
par Coordination · épinglé
34
réponses
il y a 1 sem.
I État du collectif

Vue synthétique de l'organisation et de l'avancement de chacun des cinq groupes opérationnels, plus la coordination provisoire. Chaque chantier progresse à son rythme — voici où nous en sommes au 29 mars 2026.

5
Groupes opérationnels
28
Membres actifs
700
Rabbins européens (CER)
5
Articles de presse
6
Interviews radio
15+
Conférences (à venir)
Groupe LUZZATTO
Identification des manuscrits détenus par la famille Luzzatto avant 1869 (~1 000 documents)
Responsables
Guy Levy · Yves Bentura · Pierre Mamou · Sylvie Scemama-Valayre · Marc Chouraqui · Roberta Chouraqui · Simona Esposito
Identification48 %
Dernière mise à jour
Travail commencé. Contacts pris en Italie avec des résultats encourageants. Compte rendu détaillé à venir.
Groupe ALN'KAOUA
Regroupement des descendants du rabbin Ephraïm Aln'kaoua de Tlemcen
Coordinateur — Directoire
Fred Ephraïm Enkaoua · Robert Lanquar · Bernard Bensaïd · David Encaoua · Raphaël Enkaoua · Frédéric Ankaoua
Structuration30 %
À faire
Normaliser le directoire, responsable des descendants du Rab de Tlemcen, qui parlera au nom du groupe.
Groupe OXFORD
Contact avec la Bodleian Library d'Oxford
Responsables
Édith Szmuklerz · Pierre Sonigo
Cartographie du Fonds dispersé90 %
Avancée majeure
Cadre opérationnel de dépouillement systématique des catalogues sources de Padoue mis en place. Classeur Excel à quatre feuilles préparé : Présentation comparative, fiches détaillées pour les deux catalogues (Joseph Luzzatto 1868 et Almanzi par Shadal 1864), feuille de synthèse à compteurs automatiques. Pré-remplissage : 9 sections du catalogue Almanzi déjà localisées dans le PDF (pages 3, 9, 18, 21, 50, 56, 80, 97, 120) + 10 indices de contenu repérés. Reste à téléverser les deux PDFs depuis Google Books pour démarrer la saisie effective.
Groupe ALLIANCE
Prise de contact avec l'Alliance Israélite Universelle
Responsables
Didier Nebot · Claire Rubinstein · Fred Ephraïm Enkaoua
Premier contact40 %
Avril 2026
Rendez-vous prévu avec l'Alliance. Préparation des questions en cours sur le forum.
Groupe MANUSCRITS
Traductions et publications des manuscrits
Responsables
Frédéric Ankaoua · David Reinharc
Premières traductions22 %
En cours
38 manuscrits passés en traduction IA · 7 en édition critique. Travail long, complexe et délicat — appel à spécialistes de l'hébreu rabbinique.
Coordination
Pilotage du collectif provisoire et structuration future en association ou fondation
Coordination provisoire
Didier Nebot · Claire Rubinstein · Bernard Bensaïd
Structuration juridique65 %
Soutiens
Démarches en cours auprès du Grand Rabbinat de France et de la Conférence des Rabbins Européens. Charte de la Fondation v1 prête.
II La vision fondatrice

À l'origine du collectif, un courriel d'Alfred (Fred) Enkaoua adressé à Didier Nebot le 27 août 2025. Le récit familial qui a déclenché la quête : la transmission des manuscrits du Rab de Tlemcen de père en fils depuis le XVe siècle, leur dépôt à la Bodleian d'Oxford dans les années 1860, et le voyage de Shemouel Sultan en 1895 pour les retranscrire. C'est de cette lettre qu'est née la vision du collectif.

De : Alfred Enkaoua <alfred@enkaoua.com>
À : Didier Nebot <d.nebot@wanadoo.fr>
Envoyé : mercredi 27 août 2025, 17:42
Objet : EPHRAÏM ENKAOUA

Abraham ENKAOUA grand rabbin Dayan de MASCARA est né à SALÉ au Maroc en 1812. Il est le fils de Mordehaï ENCAOUA, rabbin né à SALÉ vers 1779 décédé en 1840 à RABAT au Maroc. Ce dernier est le fils de Moshé ANKAOUA né dans les années 1750 probablement à ALGER.

La descendance du Rab Ephraïm ENKAOUA (1359-1442) ne s'est pas faite à TLEMCEN mais à ALGER. En effet ses 2 fils :

ISRAËL épousa la fille du RIBASH d'ALGER (Isaac bar Sheshet Barfat 1326-1408),
YEHUDA épousa la fille du RACHBATS d'ALGER (Simon Bar Semah Duran 1361-1444).

Les 3 sommités rabbiniques venues d'Espagne et des îles Baléares — Ephraïm ENKAOUA, le RIBASH et le RACHBATS — ont façonné tout le judaïsme nord-africain dès la fin du 14e siècle.

YEHUDA, avant de rejoindre ALGER, vécut à TLEMCEN et MOSTAGANEM. Il eut un fils qu'il prénomma EPHRAÏM. Il est l'auteur du livre YAKHIN OUBOAZ.

Je pense qu'en ma qualité d'EPHRAÏM ENKAOUA je descendrais de lui à la 24ème ou 25ème génération.

Vers la fin du 17e siècle, une partie des ENKAOUA, ANKAOUA, ANCAOUA, ENCAOUA, N'KAOUA, etc. s'est exilée — en partie au Maroc, une autre à ORAN, une autre à MILIANA et dans d'autres contrées, puisqu'on en trouve en ISRAËL sous le nom de ELNECAVE, ou encore en TURQUIE.

Donc ABRAHAM ENKAOUA, cité plus haut, en sa qualité de Dayan, Grand Rabbin de MASCARA, va venir en 1850 à TLEMCEN. Il va constater la décrépitude de la communauté juive de la ville par suite de persécutions. Il faut remarquer que l'antisémitisme est fort en ALGÉRIE de cette époque car, avec l'arrivée de la France en 1830, les juifs sont les égaux des arabes et sortent de la situation de dhimmis.

Aucun membre de la grande famille ENKAOUA ne réside dans ce lieu à cette époque. Cependant le souvenir du RAB DE TLEMCEN est toujours aussi vivace et les pèlerinages sur sa tombe restent nombreux, surtout en période de Lag Baomer.

ABRAHAM ENKAOUA va ouvrir une yeshiva (école talmudique) et eut comme élève le rabbin HAÏM BLIAH (1832-1919). En sa qualité de Rosh Yeshiva et surtout de ENKAOUA, il va transmettre à ses élèves l'enseignement de EPHRAÏM ENKAOUA et de son œuvre CHAAR KAVOD HASHEM. Depuis le 15e siècle, la famille ENKAOUA se transmet de père en fils les manuscrits de ISRAËL et EPHRAÏM, et certainement YEHUDA. ABRAHAM fut grand rabbin à Salé, Mascara, Tunis et Livourne. Il en est certainement le détenteur.

Selon ce que nous pensons, par pure sécurité, c'est lui qui aurait transmis les manuscrits au descendant de rabbi HAÏM LUZZATTO de Padoue en Italie (1707-1746), surnommé le RAMHAL. Les temps dans ces années-là étaient très instables, voire dangereux pour les juifs dans cette Algérie naissante sous la houlette de la France depuis 1830.

Ces manuscrits auraient par la suite été déposés à la Bodléienne, bibliothèque d'Oxford, dans les années 1860.

Après le départ de Tlemcen d'Abraham ENKAOUA, son élève Haïm BLIAH va prendre sa suite au sein de la Yeshiva. Dès 1868 il devient Dayan de la ville de Tlemcen et tout naturellement va poursuivre les enseignements de Ephraïm ENKAOUA. Il expose que malheureusement les écrits du Rab ne sont plus en possession de la communauté juive, mais en lieu sûr à OXFORD. Il souhaiterait les récupérer. Il questionne ses élèves. Mon arrière-grand-père maternel Shemouel SULTAN, né le 27/07/1864 à Tlemcen, se propose d'aller à OXFORD pour les récupérer. Devant l'interrogation perplexe de son maître, il indique que son neveu, parfumeur à Paris, pourrait l'accompagner de Marseille à Oxford en Angleterre. C'est ce qu'il fait vers 1895.

Il va prendre un train de Tlemcen à Oran, distant de 170 km. Il prend ainsi un bateau jusqu'à Marseille. À sa descente, son neveu l'attend. Il lui dit : « Tonton, il n'est pas question que tu traverses la France en tenue d'arabe ! » Il le mène alors chez un tailleur qui va l'habiller de pied en cap à la française. Et c'est ainsi qu'ils voyagent jusqu'à Calais où ils prennent un bateau pour l'Angleterre. Arrivés à Oxford, Shemouel SULTAN réclame les écrits du Rab et on les lui confie en ne l'autorisant qu'à les retranscrire et non les récupérer. Il va ainsi écrire les 49 pages du manuscrit.

De retour à Tlemcen, mon arrière-grand-père fut la risée de ses copains qui lui disaient, moitié arabe-moitié français : « Shemouel, t'es parti en arabe et tu reviens en français !!! »

En 1983, à ma demande, une copie des manuscrits m'a été envoyée à mon domicile, simplement, sans aucun coût.

Haïm BLIAH va ainsi recevoir de son élève cette transcription des écrits du Rab et va publier son livre en 1902 sous le titre de SHAAR KEVOD HASHEM.

C'est ce livre qui fera toute la renommée de son auteur Haïm Bliah à Tlemcen et dans toute l'Afrique du Nord.

Voilà mon cher Didier ce que je sais de cette période et mon humble témoignage.

Bonne réception

— Fred Enkaoua
III Travaux & résultats détaillés

Chaque groupe avance, vérifie, recoupe. Voici les premiers résultats consolidés à mars 2026 — ce que les sources nous disent, et ce qu'elles ne disent pas. Deux découvertes majeures émergent du travail des groupes Luzzatto et Oxford ; elles bousculent l'hypothèse initiale et orientent les recherches à venir.

Groupe Luzzatto — Résultat

Le catalogue Luzzatto ne contient aucun manuscrit Encaoua

Le dépouillement du catalogue de vente Joseph Luzzatto (1868) — l'inventaire des manuscrits hébreux de la collection padouane mis en vente l'année précédant la dispersion — révèle l'absence totale de manuscrits attribués à la famille Encaoua / Aln'kaoua dans la collection de la famille Luzzatto.

Ce résultat est inattendu au regard de l'hypothèse initiale, qui supposait que les manuscrits du Rab de Tlemcen, transmis par Abraham Enkaoua au descendant de Haïm Luzzatto, avaient transité par la collection familiale Luzzatto avant d'être déposés à Oxford.

Conséquence : l'une des pistes envisagées se referme, et la recherche s'oriente désormais vers d'autres provenances et d'autres canaux d'acquisition. Le travail de cartographie comparée se poursuit avec le catalogue Almanzi de Shadal (1864), second pilier des collections padouanes.

Groupe Oxford — Résultat

Trois manuscrits identifiés au catalogue Neubauer (1886)

L'analyse de la préface du catalogue Neubauer de la Bodleian (1886) — qui répartit l'ensemble des manuscrits hébreux de la bibliothèque par collection d'acquisition — permet de localiser précisément trois manuscrits liés à nos ancêtres et de remonter à leurs canaux d'entrée.

Deux manuscrits de Rav Ephraïm, aux cotes MS Opp. 241 et MS Hunt. 559. Références Neubauer respectives : 939-2 et 1258-2. Le suffixe « -2 » indique qu'il s'agit de manuscrits composites contenant plusieurs œuvres ; celle de notre ancêtre y figure en deuxième position. Les descriptions complètes se trouvent aux pages 203 et 442 du catalogue.

Un manuscrit de Rav Israël, מנורת המאור (Menorat Hamaor) — apparemment l'unique exemplaire conservé à la Bodleian. Référence Neubauer 1312, cote originale Opp. 146 (description p. 461 du catalogue).

Opp. Bibliothèque hébraïque de R. David Oppenheimer, rabbin à Prague — 780 manuscrits acquis par l'université d'Oxford en 1829.
Hunt. Manuscrits achetés en 1693 au Dr Robert Huntington, évêque de Raphoe (Irlande). Sa collection orientale fut constituée à Alep (Syrie), où il occupait le poste de chapelain pour les marchands anglais.
Conclusion provisoire — recoupement des deux groupes
Les manuscrits du Rab conservés à Oxford ont été achetés par la Bodleian, et non reçus en dépôt. Ils ne proviennent pas du fonds Luzzatto. Ils sont arrivés à Oxford par deux canaux distincts et antérieurs au XIXe siècle padouan : la collection Oppenheimer de Prague (acquise en 1829) et la collection Huntington d'Alep (acquise en 1693). Indice complémentaire fort : la copie qu'Alfred Enkaoua a remise à Didier Nebot porte clairement la mention du folio 20 en haut de première page — elle provient donc du manuscrit Hunt. 559, et donc d'Alep. Restent deux questions ouvertes : par quels chemins ces manuscrits sont-ils arrivés à Alep et à Prague ? À suivre.
Article 1 · Notre mission

Recueillir, étudier, restituer

Détenir et mettre en sécurité, en vue de restitution aux ayants droits, tous biens, documents, reliques récupérés par le GMPL, ainsi que recevoir des dons ou legs en numéraire ou en nature.

Gérer ou céder les biens qui ne peuvent être restitués et redistribuer les profits éventuels aux œuvres de bienfaisance des rabbins dans le besoin ou des étudiants en études rabbiniques, afin de contribuer à la transmission du judaïsme dans le monde.

Article 2 · Nos valeurs

Perpétuer la mémoire des érudits disparus

Rechercher leurs enseignements cachés et les transmettre aux générations futures. Faire un trait d'union avec ce XIXᵉ siècle d'émancipation lancé courageusement par Samuel David Luzzatto.

Article 3 · Nos objectifs

Trois ans pour comprendre le parcours des manuscrits

  • Comprendre dans un délai de 3 ans, avec l'aide des membres de l'association GMPL, le parcours des manuscrits de rabbins sépharades et ashkénazes en dépôt à la Bibliothèque d'Oxford.
  • Retrouver les ayants droits et / ou déposer ces manuscrits dans des musées, synagogues et autres centres d'études dans le monde, afin d'en assurer la préservation et l'étude.
Article 4 · Nos engagements

Transparence et redistribution

  • Au moins 80 % des profits ou dons récoltés par la Fondation sont destinés à aider les familles de rabbins dans le besoin.
  • Un rapport d'impact annuel est publié et accessible à tous.
  • Une gouvernance inclusive : notre conseil d'administration inclut des bénéficiaires, des donateurs et des experts du judaïsme.
Article 5 · Notre gouvernance

Un conseil de 9 membres

La fondation est dirigée par un conseil d'administration composé de 9 membres représentant la diversité des parties prenantes. Les décisions sont prises de manière collégiale et transparente.

Coordination provisoire
Didier Nebot
Coordination provisoire
Claire Rubinstein
Coordination provisoire
Bernard Bensaïd
Soutien institutionnel
Grand Rabbin en attente
Conférence des Rabbins Européens
en attente
Direction scientifique
en attente
Article 6 · Notre vision

Une référence mondiale, au service du Peuple du Livre

Devenir une référence mondiale de la recherche d'éléments perdus de l'histoire, de la culture et des traditions du Peuple du Livre. Faire profiter des fruits de ces recherches les rabbins dans le besoin, pour leur permettre de continuer à transmettre ces valeurs.

« Les voix de ses ancêtres veillent toujours, et celles qui semblaient perdues, mortes, oubliées se font à nouveau entendre à travers ces manuscrits. »

1
À la une

Trois découvertes qui réécrivent la cartographie

  • Neubauer 939 = MS. Opp. 241 appartient à la collection Oppenheim (1829), pas à Luzzatto — 40 ans avant la vente Isaia.
  • Neubauer 1258 = MS. Hunt. 559 appartient à la collection Huntington (1693) — 176 ans avant Luzzatto.
  • Les deux seuls manuscrits Aln'kaoua de la Bodleian sont donc arrivés à Oxford bien avant le Fonds Luzzatto, par deux canaux indépendants.
2
Nouvelle étude en ligne

Les manuscrits à Oxford · Canal Huntington

  • Section dédiée à Robert Huntington (1636/7-1701), chaplain à Alep.
  • MS. Hunt. 559 intégralement numérisé sur Digital Bodleian (lien direct).
  • Protocole opérationnel 6 étapes pour le Groupe Oxford (examen folio-par-folio à distance).
  • Hypothèse de localisation de la section Aln'kaoua : fol. 305-314.
3
Approfondissement

Les manuscrits à Oxford · Canal Oppenheim

  • David ben Abraham Oppenheim (1664-1736), Grand Rabbin de Prague.
  • Le catalogue personnel autographe MS. Opp. 699 : « codex catalog » de poche, source primaire n° 1.
  • Aucune annotation Oppenheim dans les manuscrits Luzzatto (rappel important).
4
Récit historique

La lignée Aln'kaoua

  • La rencontre Saba / Aln'kaoua à Tlemcen (nouveau).
  • Tlemcen comme matrice de trois lignées séfarades persécutées : Aln'kaoua (1391), Saba (1492-1497), Duran (1391).
  • Abraham Saba beau-père de Joseph Karo : la lignée halakhique.
5
Point de vigilance

Erreurs à corriger

  • Les cotes « MS 5447 » et « MS Hunt. 268 » de Nebot, Le Manuscrit sacré p. 261-264, sont erronées.
  • Cotes correctes : Hunt. 161 (Israël, père) / Hunt. 559 (Ephraïm, fils) / Opp. 241 (autre copie Ephraïm).
6
Appel aux groupes de travail

Actions concrètes du mois

  • Groupe Oxford : exécuter le protocole 6 étapes sur Hunt. 559 + e-mail à César Merchan-Hamann.
  • Groupe Al'Nkawa : transcription du catalogue personnel MS. Opp. 699 — contact Joshua Teplitsky (Yale).
  • Groupe Oxford · volet Oppenheim : vérification dans Beit-Arié & May 1994 (Supplément).
  • Groupe Luzzatto : confirmer l'absence d'Aln'kaoua dans le Catalogue Joseph Luzzatto 1868.